Une doctorante de l’UQAM s’intéresse à la littératie par les jeux vidéos
Le 27 juillet 2026 — Les jeux vidéo ont souvent mauvaise réputation auprès des parents et du personnel scolaire. Amélie Vallières, étudiante au doctorat en éducation à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), souhaite contribuer à changer cette perception en s’intéressant aux apprentissages réalisés par les jeunes jouant à des jeux comportant plusieurs stratégies narratives.
«À l’adolescence, on me répétait que les jeux vidéo allaient m’abrutir et réduire mon QI, raconte Amélie Vallières. Pourtant, les jeux vidéo ont été très formateurs dans mon développement. C’est en partie grâce à eux que j’ai appris l’anglais et développé ma culture générale.»
À la maîtrise, Amélie Vallières s’est intéressée aux jeux vidéo narratifs (qui combinent interactivité, immersion et récit), à la didactique de la lecture en contexte numérique et à la littératie numérique chez les jeunes. Pour sa thèse, qu’elle réalise sous la direction de Nathalie Lacelle, professeure au Département de didactique des langues, et la codirection de Serge Bouchardon, professeur à l’Université de technologie de Compiègne, elle étudie les apprentissages réalisés par les jeunes lorsqu’ils jouent à des jeux vidéo. «J’ai sélectionné des jeux – Gris, de Nomada Studio, qui aborde la résilience, et If Found, du studio Dreamfeel, qui allie science-fiction et inclusion des personnes LGBTQ+ – comportant plusieurs stratégies narratives et qui sollicitent des habiletés de compréhension et d’interprétation.»
Les adolescentes et adolescents qui participent à son étude ont des profils différents: certains sont captivés par la trame narrative ou s’intéressent aux aspects esthétiques du jeu, alors que d’autres sont motivés par les mécaniques de jeux ou les stratégies. «Tous les jeunes, même ceux et celles qui n’aiment pas la lecture, développent un sentiment d’engagement et d’agentivité en jouant, note la doctorante, qui est aussi chargée de cours à l’École des médias et au Département de didactique des langues. Ils prennent conscience des éléments narratifs du jeu et font des inférences pour comprendre l’histoire, même s’ils n’ont pas toujours le métalangage pour l’exprimer.»
Amélie Vallières croit que les habiletés développées dans ces jeux peuvent être réutilisées en contexte scolaire. «Des collègues ont expérimenté avec succès des séquences d’enseignement avec des extraits de jeux vidéo. Le potentiel d’apprentissage est énorme, que ce soit sur le plan de la narratologie, de la compréhension, de l’interprétation ou de la multimodalité, soit la capacité de tirer de l’information de différentes sources visuelles ou sonores. Enseigner avec les jeux vidéo demande beaucoup d’accompagnement, certes, mais on peut les utiliser comme on le fait avec les romans, les BD ou les films.»
Chercheuse au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE), la doctorante a obtenu du soutien financier pour son projet, notamment des bourses du Partenariat Littérature québécoise mobile du CRSH, des bourses de mobilité pour l’intégration à la communauté scientifique en éducation de la Faculté des sciences de l’éducation ainsi que la bourse Rénald-Legendre pour l’engagement communautaire aux cycles supérieurs de l’Association des étudiants et étudiantes des sciences de l’éducation de l’UQAM (ADEESE). Elle soutiendra sa thèse à l’automne 2026, puis entamera un postdoctorat à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.
Pour les parents réticents à l’idée que leurs jeunes passent une partie de l’été sur leur console, Amélie Vallières recommande de s’intéresser à leurs jeux. «Posez-leur des questions: pourquoi jouent-ils à ce jeu en particulier? Qu’est-ce qui les attirent? Quels éléments les incitent à rejouer? On peut aussi leur suggérer d’expérimenter différents types de jeux – d’aventure, de casse-tête, de rôle, de combat – qui vont développer des habiletés et des compétences différentes. Je suis convaincue que la majorité des jeux vidéo permettent d’apprendre quelque chose», conclut-elle.
Cet article a d’abord été publié dans Actualités UQAM le 9 juillet 2026.
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Amélie Vallières est disponible pour des entrevues.
Source :
Joanie Doucet
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