Journée mondiale de la prévention du suicide : une étude menée à l’UQAM révèle que les interventions par texto sont efficaces
Le 4 septembre 2025 – Depuis novembre 2023, il est possible au Canada de composer le 988, une ligne d’aide dédiée à la prévention du suicide, par téléphone et par texto. À l’approche de la Journée mondiale de la prévention du suicide, le 10 septembre, le professeur invité au Département de psychologie de l’UQAM Louis-Philippe Côté dévoile les résultats d’une étude sur les services d’intervention par texto, menée en collaboration avec son directeur de thèse et directeur du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie (CRISE), Brian Mishara.
«Bien avant l’implantation du 988, l’intervention téléphonique en prévention du suicide avait fait l’objet de plusieurs recherches afin de cerner les bonnes pratiques, mais les services d’intervention par texto ont été lancés en l’absence de littérature scientifique sur la question», souligne Louis-Philippe Côté.
Les bonnes pratiques téléphoniques sont-elles transférables au texto? Voilà ce que les chercheurs ont voulu vérifier. «Notre objectif était de dresser le profil des personnes qui utilisent le service d’intervention par texto, d’identifier les bonnes pratiques des intervenantes et intervenants et d’analyser les impacts de ces interventions», observe Louis-Philippe Côté. Leurs résultats ont été publiés plus tôt cette année dans la revue Suicide and Life-Threatening Behavior.
Profil féminin
L’échantillon de l’étude se composait du verbatim de 146 interventions par texto réalisées à la suite d’appels au 988. L’âge moyen des personnes ayant fait appel au service était de 24 ans, 70 % d’entre elles étaient des femmes, dont le tiers des adolescentes. «Depuis 2010, on note une forte augmentation de la détresse et des comportements suicidaires chez les préadolescentes et les adolescentes», constate Louis-Philippe Côté.
Des interventions plus longues
Le premier constat de l’étude est que les interventions par texto sont longues. «On parle en moyenne d’une heure, parfois deux. Ce n’est pas surprenant: écrire est plus long que parler au téléphone. Et puis, les personnes qui font appel au service par texto sont souvent en déplacement et il peut y avoir de longs moments sans échange.»
Faire du bien rapidement
Il existe quatre étapes lors d’une intervention en prévention du suicide, résume Louis-Philippe Côté. On tente d’abord de circonscrire le risque suicidaire à l’aide d’une grille – on n’emploie pas le terme «évaluation», car les personnes intervenantes ne sont ni médecins, ni psychologues, précise le chercheur. «On vérifie si la personne est en danger et si elle a des plans suicidaires concrets», explique-t-il. La seconde étape vise à explorer la situation vécue par la personne au bout du fil ou du texto: ce qui se passe dans sa vie, ses problèmes, ses émotions. En troisième lieu, on aborde avec elle ses ressources et les pistes de solution pour l’aider à surmonter sa détresse, notamment en discutant de son réseau de soutien. Enfin, on tente d’établir avec elle un plan d’action comportant des pistes concrètes.
Les deux étapes réalisées de manière exhaustive dans la plupart des interventions par texto sont l’exploration de la situation de l’appelante ou de l’appelant, et l’exploration de ses ressources et des pistes d’action, révèle l’étude. «Les intervenantes et intervenants investissent davantage de temps à nouer une relation et à discuter avec la personne pour tenter de l’extirper de ses idées noires, soulager sa détresse et susciter l’espoir», analyse le chercheur.
Dans la moitié des interventions, lorsque les discussions sur le risque suicidaire et/ou le plan d’action étaient incomplètes, c’est parce que la personne au bout du fil avait quitté la conversation. «Les personnes viennent chercher ce qu’elles veulent par texto, puis quittent l’échange. C’est difficile pour les intervenantes et intervenants, car ils ont l’impression de ne pas parvenir à compléter leur intervention.» Plus facile, en effet, de quitter un échange texto que de claquer la porte d’un bureau ou même de raccrocher au nez d’une intervenante ou d’un intervenant.
Des interventions efficaces
Même si les interventions ne suivent pas nécessairement toutes les étapes prescrites, elles sont efficaces, ont constaté les chercheurs, qui ont recueilli des données auto-rapportées mesurant le risque suicidaire et l’impact des interventions. «Autour de 80 % des appelants affirment se sentir mieux après l’intervention, notant une réduction de leur détresse, note Louis-Philippe Côté. La moitié se disait davantage en mesure de faire face à leur situation.»
Les personnes intervenantes, note le chercheur, discutent énormément des pistes de solution avec celles qui demandent de l’aide. «C’est vraiment une bonne pratique et nous sommes fiers de ce résultat, qui a été répliqué dans deux autres études. Nous avons démontré que de travailler avec les forces, les réussites, les qualités et les bons coups de la personne qui demande de l’aide – en les nommant et en insistant là-dessus – est associé à une baisse de la détresse. Ce n’était pas mis de l’avant dans la littérature scientifique auparavant.»
Trouver le bon équilibre
Quand un centre d’écoute ou d’intervention lance un service par texto, le nombre de personnes qui utilisent le service téléphonique ne diminue pas: le texto permet alors de rejoindre une nouvelle tranche de la population. Or, la longueur des interventions en prévention du suicide par texto soulève un enjeu éthique par rapport à l’offre de service pour la population, observe Louis-Philippe Côté. Doit-on viser des interventions exhaustives ou des interventions plus courtes pour pouvoir passer au prochain texto? «L’idéal est de réussir à assurer la qualité des interventions en matière de réduction de la détresse, de résolution de problèmes et d’orientation vers des services, tout en réduisant le temps des interventions pour offrir le service à un plus grand nombre de personnes», conclut-il.
Cet article a d’abord été publié dans Actualités UQAM le 21 août 2025.
–30–
Louis-Philippe Côté est disponible pour des entrevues en français.
Source :
Joanie Doucet
Conseillère en communication
Division des relations avec la presse et événements spéciaux
Service des communications
Tél.: 514 987-3000, poste 3268
Cell.: 514 297-2771
doucet.joanie@uqam.ca