Journée mondiale de la contraception : les pratiques contraceptives des personnes immigrantes sous la loupe d’une équipe de recherche de l’UQAM

Le 18 septembre 2025 – Bien qu’universel au Québec, l’accès aux soins de santé comporte son lot d’embûches. Si les personnes nées au Québec en perdent parfois leur latin, imaginons le défi que cela peut représenter pour les populations immigrantes. Dans le cadre d’une recherche partenariale avec le Centre de santé des femmes de Montréal et le Service aux collectivités (SAC) de l’UQAM, financée par le CRSH, les professeures de l’UQAM Audrey Gonin, École de travail social, et Sylvie Lévesque, Département de sexologie, ont tenté de mieux comprendre la réalité des femmes immigrantes en ce qui a trait à la contraception. Elles dévoilent leurs résultats de recherche à l’approche de la Journée mondiale de la contraception qui a lieu chaque année le 26 septembre.

La première phase de leur étude consistait à réaliser une entrevue avec 12 femmes immigrantes afin de documenter leur parcours de soins contraceptifs, tandis que la seconde visait à produire une analyse des données de l’Enquête québécoise sur la santé des populations de 2014-2015. Leur échantillon comptait 9 157 répondantes âgées entre 18 et 49 ans ayant eu des relations sexuelles avec un homme dans les 12 derniers mois et qui n’étaient pas enceintes au moment de l’enquête.

«Le volet quantitatif nous a permis de comparer les comportements en matière de contraception des femmes immigrantes avec ceux des femmes nées au Canada, tandis que le volet qualitatif a apporté un éclairage sur les raisons derrière les choix des femmes immigrantes», explique Audrey Gonin.

Les résultats de leur étude ont été publiés plus tôt cette année dans la revue Canadian Journal of Public HealthLes diplômées Paule Lespérance (M.A. travail social, 2022) et Cindy Dubois (M.Sc. mathématiques/statistique, 2023) ainsi que Marianne Rodrigue (B.A. sexologie, 2016), coordonnatrice au Centre de santé des femmes de Montréal, figurent parmi les cosignataires.

Des différences marquées

L’étude révèle que les femmes immigrantes utilisent moins la contraception que celles qui sont nées au Canada. «C’est préoccupant car, selon une autre étude, les intentions de fécondité des femmes immigrantes ne diffèrent pas de celles des femmes nées au Canada. Nous sommes donc face à un problème d’accès aux méthodes contraceptives», analyse Audrey Gonin.

Parmi les femmes utilisant la contraception, les femmes immigrantes sont moins nombreuses à recourir à la contraception médicalisée – la pilule, le stérilet ou la ligature des trompes, qui nécessitent de voir une ou un médecin. «Les femmes immigrantes utilisent davantage le condom ou le coït interrompu, deux méthodes moins efficaces et qui dépendent de la bonne volonté de leur partenaire», observe la professeure.

Les dédales du système québécois

Lors des entretiens, plusieurs femmes ont confié à l’équipe de recherche avoir grandi dans un pays où l’éducation sexuelle et reproductive était inexistante. «Mais l’enjeu culturel n’est pas l’enjeu essentiel, insiste Audrey Gonin, car il n’y a pas de différences selon le continent de naissance.» Qu’elles soient nées en Afrique, en Asie, en Europe ou dans les Amériques, les femmes issues de l’immigration utilisent moins la contraception en sol québécois.

À tel point que 4 femmes sur 12 allaient chercher de la contraception dans leur pays de naissance. «C’est plus facile pour elles de se faire prescrire un moyen contraceptif en Algérie, en Chine, au Mexique ou en France qu’au Québec. Pourtant, ces femmes ont accès à la Régie de l’assurance-maladie du Québec ou au Programme fédéral de santé intérimaire, géré par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, mais elles rencontrent des problèmes pour accéder aux soins.»

Au-delà de l’enjeu de la connaissance, il y a également un enjeu de confiance envers la qualité des soins offerts, constatent les chercheuses.

La littérature scientifique soutient, en effet, que les personnes immigrantes ont moins accès à un médecin de famille. «Nos données démontrent que les femmes qui n’ont pas consulté un médecin depuis plus d’un an utilisent moins la contraception, y compris le condom et le coït interrompu, et encore moins la contraception médicalisée. Bref, la fréquentation du système de santé favorise l’usage de la contraception.»

Le facteur revenu

Après l’immigration, l’autre facteur qui influence l’utilisation ou pas de la contraception est le revenu. «Toutes les femmes du Québec à faible revenu ont moins accès à la contraception, et particulièrement aux méthodes médicalisées, note Audrey Gonin. Quand on sait que 40 % des femmes immigrantes vivent dans un ménage à faible revenu – contre 20 % pour les femmes nées au pays –, et qu’on ajoute la méconnaissance du système de santé québécois, ça fait beaucoup d’obstacles…»

Quelques recommandations

Parmi les recommandations formulées par l’équipe d’Audrey Gonin et Sylvie Lévesque, on retrouve donc l’idée de la gratuité de la contraception, qui favoriserait en principe l’autonomie reproductive.

On propose aussi de produire des brochures sur les parcours de soins contraceptifs au Québec. «En les traduisant en plusieurs langues, cela permettrait aux intervenantes des différents organismes d’accueil de faire circuler l’information et à celles qui œuvrent dans les organisations en santé, comme le Centre de santé des femmes de Montréal, de pouvoir les utiliser pour bien expliquer les différentes méthodes et le parcours de soins pour y accéder.»

L’équipe de recherche a réalisé un dossier web et un balado sur le sujet, avec l’appui du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté (CREMIS).

Cet article a d’abord été publié dans Actualités UQAM le 2 septembre 2025.

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La professeure Audrey Gonin est disponible pour des entrevues en français pour la presse écrite et la radio.

Source :

Joanie Doucet
Conseillère en communication
Division des relations avec la presse et événements spéciaux
Service des communications
Tél.: 514 987-3000, poste 3268
Cell.: 514 297-2771
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