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Une équipe de recherche de l'UQAM étudie la santé psychologique des travailleurs du milieu communautaire

Le 3 août 2020 - Pas moins de 20 % du personnel en milieu communautaire affirme vivre de l’épuisement professionnel. Telle est la conclusion d’une étude menée l'hiver dernier (avant la pandémie de COVID-19) auprès de 851 travailleurs communautaires – intervenants, membres de la direction, personnel de soutien – qui oeuvrent majoritairement sur l’Île de Montréal, mais aussi dans d’autres régions du Québec. «Ces employés d’organismes communautaires en santé et services sociaux sont d’une importance capitale pour le bon fonctionnement de notre société, car ils répondent bien souvent à des besoins qui ne sont pas comblés par le système public ou privé», affirme Sophie Meunier, professeure au Département de psychologie de l'UQAM.

Financée par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), l’étude a été réalisée par le Laboratoire de recherche sur la santé au travail du Département de psychologie, en collaboration avec le Réseau alternatif et communautaire des organismes en santé mentale de l'Île de Montréal. La professeure Janie Houle et les doctorants François Lauzier-Jobin, Stéphanie Radziszewski et Alexandra Giroux ont également collaboré à l’étude.  

Enjeux complexes

Très peu de recherches ont abordé la santé psychologique des employés du milieu communautaire. «Ces personnes s’investissent énormément dans leur travail, quitte à laisser de côté leur vie personnelle et leur santé mentale, souligne Alexandra Giroux. Elles doivent composer avec des enjeux particuliers, comme des cas lourds, et leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur.»

Outre la charge de travail – quantitative et émotionnelle – élevée, plusieurs facteurs contribuent à leur épuisement professionnel. «Les travailleurs se sentent coupables de s’absenter en raison de maladie, ne serait-ce que pour une journée, mentionne Sophie Meunier. Ils ont l’impression de laisser tomber à la fois les usagers et leurs collègues, qui hériteront de leurs tâches.»

La grande majorité des travailleurs continue donc de se présenter au travail chaque jour, mais en étant plus irritables, moins efficaces et moins concentrés. «Et quand ils osent rester à la maison, ils ne récupèrent pas car ils ont encore la tête au travail», ajoute la professeure.

La faible rémunération – plus du quart des personnes qui ont répondu à l’étude se considèrent pauvres – et l’insécurité d’emploi constituent également des facteurs de stress. «Les organismes doivent souvent se battre pour trouver les sources de financement essentielles à leur survie, et le processus pour ces demandes est très lourd», affirme Alexandra Giroux.

Paradoxalement, la recherche démontre aussi que le niveau de bien-être des travailleurs communautaires est plus élevé que dans d’autres secteurs d’activité. Ces derniers évoquent que le soutien des collègues et de leur superviseur, leur niveau de participation dans les décisions importantes et le sentiment de faire une différence dans le monde sont des facteurs positifs. «La situation n’est pas toute noire ou toute blanche, précise Sophie Meunier. Certains travailleurs ressentent à la fois des symptômes d’épuisement et de bien-être dans la même journée.»

Contexte de pandémie

L’étude a été réalisée l’hiver dernier, tout juste avant la pandémie de COVID-19. «Il est raisonnable de penser que le niveau d’épuisement du personnel doit être encore plus élevé à l’heure actuelle, le confinement et le stress ayant très certainement entraîné davantage de problèmes de santé mentale et une hausse des demandes auprès des organismes», souligne Sophie Meunier.

Les chercheuses planchent donc sur une nouvelle étude qui tienne compte de la situation qui prévaut depuis l’éclosion de la pandémie. Les travailleurs communautaires peuvent participer à la recherche en complétant ce questionnaire

Parmi les témoignages déjà reçus, certains employés ont mentionné les difficultés inhérentes au télétravail. «Le contact et le soutien des collègues leur manquent, et la conciliation travail-famille est difficile pour plusieurs d’entre eux», mentionne Alexandra Giroux.

Cet article a d'abord été publié dans Actualités UQAM le 9 juillet 2020.

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La professeure Sophie Meunier est disponible pour des entrevues.

SourceJoanie DoucetConseillère en relations de presseDivision des relations avec la presse et événements spéciauxService des communications, UQAMCellulaire : 514 297-2771doucet.joanie@uqam.ca 

vendredi 31 juillet 2020
L’avenir du bâtiment durable: une équipe de recherche de l'ESG UQAM s'intéresse aux critères de santé et de bien-être en plus des critères environnementaux 

Le 29 juillet 2020  ̶  Lorsque l’équipe d’Andrée De Serres, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l'ESG UQAM, a commencé une série de projets de recherche sur la valorisation des impacts du développement durable en gestion immobilière, elle se concentrait sur la première définition du bâtiment durable, celle qu’on associe à la protection de l’environnement et à la lutte contre les changements climatiques. Les immeubles devaient être analysés selon des critères liés aux performances écoénergétiques, à la gestion des eaux et des déchets, au choix des matériaux de construction et à leur niveau de toxicité. À quelques mois de la fin de l’étude, il paraît clair que d’autres critères doivent être pris en considération, liés notamment aux impacts sur le bien-être des occupants.

« Nous avons constaté une nouvelle tendance qui touche le bâtiment durable, affirme Andrée De Serres, qui est aussi titulaire de la Chaire Ivanhoé Cambridge d’immobilier. On ne s’intéresse plus seulement à l’aspect environnemental de l’immeuble, mais aussi à ses impacts sur la santé et au sentiment de sécurité qu’il génère chez les usagers. »

Un bâtiment pourrait ainsi être qualifié de « durable » s’il offre des espaces intérieurs lumineux, s’il permet les rencontres communautaires ou s’il intègre la végétation à l’intérieur et à l’extérieur de ses murs, par exemple. Le but est d’aménager les immeubles afin de les transformer en milieux de vie conviviaux, peu pollués, qui favorisent l’amélioration de la forme physique, de l’humeur et du rendement des occupants.

La disposition des fenêtres est un des éléments-clés de l’aménagement de bâtiments durables. Une fenestration qui procure un éclairage naturel et abondant, tout en maintenant une température confortable, peut affecter positivement la santé et le bien-être des occupants. Des escaliers accessibles et bien placés peuvent inciter les gens à les emprunter, plutôt que de prendre l’ascenseur. La position du bâtiment durable dans un quartier n’est pas laissée au hasard non plus. Elle est souvent choisie stratégiquement, de sorte à offrir une accessibilité aux services de mobilité, en transport actif ou passif (bicyclettes, services de transport collectifs, autos partagés).

La valeur supérieure des bâtiments durablesLa recherche menée par l’équipe d’Andrée De Serres, financée par le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) et le programme MITACS Accélération, a pour but de sensibiliser les acteurs des transactions immobilières à la valeur supérieure des bâtiments durables.

Lors du premier volet du projet, des stagiaires ont été envoyés dans les immeubles de quatre organisations québécoises, soit BOMA Québec, l’aéroport international Pierre-Elliott Trudeau, le Fonds immobilier de solidarité (FTQ) et le Défi énergie immobilier (DÉI), afin de recenser les indicateurs permettant de mesurer la durabilité des bâtiments.

Pour le deuxième volet, les chercheurs se sont rendus à New York et à Paris, deux villes leaders en environnement, qui appliquent aux gestionnaires d’immeubles des mesures plus sévères en termes d’empreinte carbone.

À Montréal, les exigences des autorités favoriseront de plus en plus les bâtiments durables. En 2018, la Ville s’est dotée d’une politique exigeant, d'ici 2030, une empreinte carbone nulle pour l’exploitation des nouveaux bâtiments. La mesure devrait être étendue à l’ensemble des bâtiments d’ici 2050. La première étape du plan a été annoncée en 2019 et interdit l’utilisation du mazout dans les bâtiments.

Pour compléter la recherche, les chercheurs font l’analyse des certifications accordées aux bâtiments durables, telles les certifications LEED, WELL, BOMA BEST, BREAAM ou HQE. Une série d’entrevues est aussi menée avec des acteurs jugés innovants dans le domaine du développement durable et de l’investissement responsable pour recueillir leurs perceptions. Les chercheurs souhaitent vérifier si un bâtiment durable est plus résilient qu’un bâtiment qui ne l’est pas, en mesurant notamment les impacts sociaux et économiques de telles constructions.

Intégration dans le quartierSelon Andrée De Serres, la prochaine préoccupation du secteur de l’immobilier durable sera l’intégration du bâtiment dans son quartier ou son territoire. Idéalement, l’ensemble des ressources nécessaires à la construction, à l’aménagement, à l’approvisionnement et à l’entretien d’un bâtiment proviendraient d’entreprises locales. « On pourrait créer une approche basée sur les principes de l’économie circulaire, dit la professeure. Il y a déjà des immeubles qui le font, notamment aux Pays-Bas, mais nous n’avons encore rien de tel au Québec. »

Cet article a d'abord été publié dans le portail web d'Actualités UQAM le 20 juillet 2020.

La professeure du Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, Andrée De Serres, est disponible pour accorder des entrevues ou pour vous diriger vers une ou un autre chercheur de son équipe. Vous pouvez la joindre directement par courriel deserres.andree@uqam.ca ou par mon entremise. 

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SourceJulie MeunierConseillère en relations de presseDivision des relations avec la presse et événements spéciauxService des communications, UQAMTél. : 514 895-0134meunier.julie@uqam.ca

 

mercredi 29 juillet 2020
Reopening of the exhibition «Concrete in All its Forms» – The fabric-formed constructions of artist and architect Mark West at the UQAM Centre de Design

July 27, 2020  ̶  The exhibition Concrete in All its forms is reopening for four weeks. 

Dates: august 3 to august 27, 2020Summer opening: monday to thursday 12 pm to 6 pmRegistration requiredVisitor guide

 

FRENCH VERSION

Dates: February 20 to April 11, 2020Opening: February 19 at 6 pmCurators: Mark West, in collaboration with Louise Pelletier

February 13, 2020  ̶  The UQAM Centre de Design is presenting Concrete in All its Forms, an exhibition of drawings and enigmatic constructions of artist and architect Mark West. This collection of works inspired by the surrealist world brings together pieces ranging from dreamlike drawings to design of structural, architectural and built elements. All in an installation which makes explicit a remarkable unity of the artist's practice spanning nearly four decades. His work demonstrates the symbiosis of rational and non-rational thought using methods that explore and uncover the poetic and physical potentials hidden in everyday materials.

The exhibitionMark West proposes methods for casting a new language of architectural and structural form, including flexible moulds for columns, walls, beams, slabs, and compression shells, for both pre-cast and in-situ constructions. These are biomimetic constructions that use the mould's flexibility to produce castings that follow more efficient, naturally curved, structural force-paths, producing highly efficient structural shapes, as well as complex curvatures of stunning natural beauty.

This exhibition tells a story about the intelligence of matter and its own spontaneous eruption into form that produces a complex beauty through simple and primitive means. It suggests techniques for finding the unexpected in the ordinary. The scope of the work also demonstrates how creations in disparate scales, modes and materials can inform each other. This intertwined series of subtle and unforeseen prototypes will be of particular interest to passionate makers, struggling with the confines of habit.Concrete in All its Forms retraces the evolution of Mark West’s work from its earliest steps in surrealist paper collages, through his invention of "automatic" drawing techniques. These drawing and collage practices are fundamental to the discovery of ideas relevant to construction, architecture, and structural design.Concrete according to Mark WestFor the past thirty years, Mark West has been pouring concrete in flexible moulds made with simple, flat, un-tailored, sheets of fabric. Replacing conventional rigid mould materials with light flexible fabrics utterly transforms concrete from the brutal and rigid material we know into a sensual and sensitive material, alive to its original wetness and plasticity.

This work has influenced a generation of practitioners across the world who are inspired by the vast potential his methods have unleashed. Architects, engineers, builders, artists, and academics admire his work for its originality, rigour, efficiency and beauty. Central to Mark West's technical work is a practice of speculative and inquisitive drawing.The common thread that binds these disparate techniques together is a search for ways in which matter can be teased into acts of self-formation — guided by human artifice, but actualized by natural forces, events, and material properties. This body of work presents a manner of seeing and understanding the material world that rejects the idea of "dead matter". Instead, matter and form are understood as being always prodigiously active, energized, and alive.

West's insistence on the simplicity of means makes his technical inventions accessible to both low-tech and high-tech building economies and cultures. But this technical simplicity is not merely about being pragmatic. His choice of extreme technical constraints induces a kind of constructive metabolism capable of producing complexity from simple and uncomplicated origins — a hallmark of natural systems. What emerges is a composite form of ‘design’ where willful control and a surrender to natural events occur in the same space at the same time.Biography of artist and curator Mark West

Builder, artist, architectural researcher, and pioneer in concrete exploration, Mark West began his working life as a carpenter, eventually studying architecture at the Cooper Union in New York City, before establishing his thirty year career as a professor of architecture, with appointments in departments of both architecture and civil engineering at universities in North America and Europe. His work in the realms of both art and technical research has received international recognition through numerous publications, lectures and awards. He was the founder of the Centre for Architectural Structures and Technology (CAST) at the University of Manitoba, the first academic research laboratory dedicated to fabric formworks. He is the author of The Fabric Formwork Book (Routledge, 2016). In 2017, he moved to Montreal to established his studio Surviving Logic where he continues his architectural and visual explorations as an independent artist and builder.Surviving LogicPartners

Address and opening hours

 

UQAM Centre de design 1440, rue SanguinetMontréalBerri-UQAM metro

Free admissionWednesday to Sunday, noon to 6 pmInformation514-987-3395centre.design@uqam.cacentrededesign.comFacebook

 

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SourceJulie MeunierPress Relations Officer Press Relations and Special Events Division514 987-3000, extension 1707meunier.julie@uqam.ca

 

lundi 27 juillet 2020
Importante avancée dans le traitement d’une maladie rare effectuée par le laboratoire du professeur Nicolas Pilon de l’UQAM

Approche thérapeutique révolutionnaire – Une découverte permettrait d'éviter la chirurgie chez les enfants atteints de la maladie de Hirschsprung.

Le 22 juillet 2020 – Une avancée importante pourrait améliorer grandement la qualité de vie des enfants atteints de la maladie de Hirschsprung, une maladie génétique rare qui se caractérise par un manque de neurones entériques dans la paroi du côlon et qui affecte environ un nouveau-né sur 5000. Des chercheurs du Centre d'excellence en recherche sur les maladies orphelines – Fondation Courtois (CERMO-FC) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en collaboration avec des collègues du CHU Ste-Justine et du Children’s Hospital of Philadelphia, ont mis au point une approche thérapeutique révolutionnaire permettant de générer de nouveaux neurones entériques. La découverte fait l’objet d’un article paru dans la revue Gastroentorology de l’American Gastroentorological Association, la revue phare du domaine. Rodolphe Soret, professeur associé au Département des sciences biologiques de l'UQAM, et Nicolas Pilon, professeur au même département, sont les auteurs principaux de l’article.

Cette nouvelle approche pourrait potentiellement éviter la chirurgie, développée dans les années 1960 et qui demeure à ce jour la seule façon de traiter cette condition médicale. «Bien que cette chirurgie sauve la vie de la plupart des enfants atteints, beaucoup développent de graves séquelles à long terme, telles que l’incontinence fécale et une susceptibilité accrue aux entérocolites, affirme Nicolas Pilon. Ces séquelles peuvent être fatales.»

Stimuler des cellules souches localementL’étude, réalisée chez des souris modèles de la maladie de Hirschsprung, démontre que l’administration rectale du facteur neurotrophique dérivé des cellules gliales – Glial Cell Derived Neurotrophic Factor ou GDNF en anglais – permet d’induire la formation de neurones entériques dans le côlon, et ainsi de prolonger la durée de vie des souris. «Contrairement à d’autres groupes à travers le monde, notre équipe a fait le pari qu’il était possible de stimuler des cellules souches présentes localement au sein de la zone malade», explique Nicolas Pilon.

Totalement absentes au début de l’étude, les neurones entériques se sont rapidement multipliées. «En seulement quelques jours, on observait déjà plus de la moitié des neurones qui se trouvent normalement dans un côlon en santé», précise le chercheur.

Cette approche de médecine régénérative prend avantage de deux caractéristiques de la maladie: une plus grande perméabilité de la surface interne du côlon ainsi qu’une présence accrue de nerfs externes – en provenance de la moelle épinière –, porteurs de cellules de Schwann. Ces cellules, qui servent principalement à fournir la gaine de myéline aux fibres nerveuses, peuvent aussi agir comme cellules souches dans certaines circonstances. «La plus grande perméabilité du côlon malade permet donc l’entrée du GDNF, qui stimule les cellules de Schwann à former des neurones et qui permet de restaurer le fonctionnement normal du côlon», mentionne Nicolas Pilon.

Vers des essais cliniques chez l’humainD’autres tests ont été effectués sur des échantillons de côlons post-opératoires d’enfants atteints de la maladie de Hirschsprung. «Une réponse similaire a été obtenue, ce qui nous laisse croire que le transfert pourrait être possible chez l’humain», se réjouit le professeur.

Bien qu’il reste plusieurs questions à élucider avant que cette approche puisse être appliquée auprès d’enfants vivants, Nicolas Pilon est confiant que le processus s’effectuera rapidement. «Des essais cliniques chez l’humain pourraient débuter d'ici deux ans», espère le chercheur.

Cet article a d’abord été publié dans le portail de nouvelles Actualités UQAM, le 22 juillet 2020, sous le titre «Approche thérapeutique révolutionnaire – Une découverte permettrait d'éviter la chirurgie chez les enfants atteints de la maladie de Hirschsprung.»

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*Le professeur Nicolas Pilon est disponibles pour des entrevues. Il est possible de le joindre par courriel à l’adresse pilon.nicolas@uqam.ca 

Source : Rose-Aline LeBlanc, conseillère en relations de presse Division des relations avec la presse et événements spéciaux Service des communications Tél. : 514 987-3000, poste 2248 leblanc.rose-aline@uqam.ca twitter.com/RoseAlineLeBlan

mercredi 22 juillet 2020
Des spécialistes du décrochage scolaire de l’UQAM et de l’UdeM démontrent que le décrochage est contagieux!

Le décrochage, un phénomène contagieux – Plus un adolescent a de décrocheurs au sein de son réseau social, plus il est à risque de décrocher.

Le 20 juillet 2020 – Plusieurs experts du monde de l'éducation s'inquiètent des risques de décrochage chez les élèves du secondaire dont l'année scolaire a été amputée à cause du confinement. On espère qu'ils ne seront pas trop nombreux à abandonner les bancs d’école, car selon une étude à paraître sous peu dans le Journal of Educational Psychology, le décrochage serait contagieux. «Plus un adolescent a de décrocheurs au sein de son réseau social, plus le risque qu'il décroche à son tour est élevé», explique le professeur du Département d'éducation et formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Éric Dion, qui signe l'article avec ses collègues de l'Université de Montréal Véronique Dupéré (première auteure), Stéphane Cantin, Isabelle Archambault et Éric Lacourse.

Le décrochage est un phénomène qui touche davantage certains milieux et certaines écoles, rappelle Éric Dion. Des études ont déjà démontré que les parents qui ne sont pas en mesure de soutenir la réussite de leurs enfants ou de les superviser correctement produisent plus de décrocheurs. On retrouve également plus de décrochage dans les écoles où il y a une concentration élevée d'élèves en difficulté sur le plan scolaire.

Éric Dion et ses collègues ont abordé la problématique sous un autre angle: celui de la contagion sociale. Ils ne sont pas les premiers à s'intéresser à cette piste, mais très peu de chercheurs l'ont fait depuis une vingtaine d'années.L'idée est loin d’être farfelue. «Pour qu'un adolescent décroche, il faut d'abord qu'il sache que c'est une possibilité, souligne Éric Dion. Lorsque j'étais à l'école secondaire dans un milieu difficile, dans les années 1980, personne ne décrochait. Arrêter d'aller à l'école n'était même pas envisageable. D'où notre hypothèse: se pourrait-il que le décrochage devienne une possibilité concrète pour un élève seulement lorsqu’une personne de son entourage décroche?»

Les amis, la fratrie et les partenaires amoureuxQuelques études ont déjà démontré que si un élève a des amis décrocheurs, il aura plus de chance de décrocher. «La principale lacune de ces études était de ne pas établir de lien temporel entre le décrochage des amis et le décrochage du participant de l'étude. Or, pour établir un lien crédible, il faut que le premier précède le second, et il faut que le contact entre les deux ados soit proche dans le temps.»

Deux autres études se sont intéressées à l'influence prépondérante des membres de la fratrie. «Le revenu et le niveau d'éducation des parents est un prédicteur important de la réussite scolaire des enfants à l'école, mais le prédicteur le plus important demeure la réussite des frères et sœurs, rappelle Éric Dion. Si l'un d'eux ou d'elles décroche, cela a une influence sur les autres membres de la fratrie.»

Bizarrement, les études antérieures n'avaient jamais observé la possibilité d'une contagion menant au décrochage au sein des relations amoureuses chez les adolescents. «C'est surprenant, car parmi les facteurs prédictifs du décrochage, il y a l'activité sexuelle précoce et les grossesses adolescentes. Il semble évident que les partenaires amoureux sont des personnes significatives pour les ados, donc susceptibles d'avoir une grande influence sur leurs parcours.»

L'étude d'Éric Dion et de ses collègues comporte deux innovations: avoir considéré simultanément toutes les personnes de l'entourage des adolescents et un devis permettant d'établir un lien temporel entre le décrochage de ces ados et celui des membres de leur réseau social.

Un entourage contagieuxL’échantillon comportait 545 élèves – un tiers de décrocheurs, un tiers d'élèves à risque de décrocher et un tiers d'élèves aux résultats scolaires dans la moyenne. «On leur a posé des questions sur l'encadrement parental à la maison et sur les événements vécus durant les 12 mois précédant leur décision de décrocher. On leur a également demandé si un ami, une amie, un frère, une sœur, un chum ou une blonde récent ou récente avait décroché, et, si oui, à quel moment», précise le chercheur. Ses collègues et lui ont pu analyser si les élèves décrocheurs avaient dans leur réseau plus de personnes ayant décroché dans chacune des catégories – amis, fratrie, partenaire amoureux.

Les résultats indiquent que leur intuition était bonne: les occurrences de décrochage survenues au cours de la dernière année étaient plus élevées dans l'entourage des participants qui avaient à leur tour décroché. «C'était vrai pour la fratrie, pour les amis et pour les relations amoureuses, précise Éric Dion. Et si l'élève avait dans son réseau des décrocheurs appartenant à deux catégories ou plus (par exemple un frère et un ami, ou un ami et une blonde), il était encore plus à risque de décrocher.»

Le lien temporel s'est également avéré probant: l'influence des amis, de la fratrie et des partenaires amoureux n'était pas significative s’ils avaient décroché depuis plus d'un an. «Cela va dans le sens de notre hypothèse, à savoir qu'il faut une proximité temporelle pour qu'il y ait une possibilité de contagion.»

Seulement un décrocheur sur quatre évoluait dans un réseau où tous les membres étaient encore à l'école. «En somme, les adolescents qui décrochent font partie de réseaux qui incluent des décrocheurs et les jeunes qui ne fréquentent pas des décrocheurs sont peu susceptibles de décrocher», résume le chercheur.

Pistes à explorerMême si l'influence des décrocheurs de chaque catégorie (ami, fratrie ou partenaire amoureux) semble proportionnellement la même en termes statistiques, les mécanismes impliqués et le poids de chacun ne sont sans doute pas les mêmes. «Habituellement, on a plus d'amis que de partenaires amoureux, fait remarquer Éric Dion. Les amis décrocheurs risquent donc d'influencer un plus grand nombre de personnes, mais leur impact est sans doute variable en fonction de l'intensité des liens.» Le partenaire amoureux ou les membres de la fratrie, en revanche, possèdent une influence majeure. «Si mon chum ou ma blonde décroche et va habiter en appartement, je peux avoir l'idée de décrocher en sachant que j'aurai un endroit où demeurer, illustre-t-il. De manière similaire, si l'un de mes frères ou l'une de mes sœurs a décroché, je peux en déduire que mes parents se sont fait à l'idée que ce n'est pas la fin du monde si leurs enfants ne terminent pas leur secondaire.»

Ces mécanismes constituent des pistes à explorer lors de recherches ultérieures. «Il faudrait pour cela s'assurer d'avoir une conception adéquate de ce que représente le décrochage pour les ados, note Éric Dion. Il faut s'extraire de notre perspective d'adultes, selon laquelle il faut terminer son secondaire pour assurer son avenir.» Nous savons que le décrochage est associé à des problèmes à long terme, mais pour les ados, cela constitue souvent une solution à un problème réel. «Un jeune est victime d'intimidation à l'école? S'il décroche, son problème est réglé. Un autre veut avoir plus d'argent? S'il décroche et se trouve un emploi, il en gagnera davantage... à court terme. Il faut tenir compte de ces différences de perspective pour mieux comprendre la contagion sociale du décrochage», conclut le chercheur.

Cet article a d’abord été publié dans le portail de nouvelles Actualités UQAM, le 28 mai dernier, sous le titre «Le décrochage, un phénomène contagieux.»

**L'étude du professeur Dion et de ses collègues est maintenant en ligne sur le site de la revue scientifique Journal of Educational Psychology**

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*Le professeur Éric Dion et sa collègue Véronique Dupéré sont disponibles pour des entrevues. Il est possible de les joindre par courriel à l’adresse dion.e@uqam.ca ou par l'entremise de la soussignée.

Source : Rose-Aline LeBlanc, conseillère en relations de presse Division des relations avec la presse et événements spéciaux Service des communications Tél. : 514 987-3000, poste 2248 leblanc.rose-aline@uqam.ca twitter.com/RoseAlineLeBlan

lundi 20 juillet 2020
Première mondiale : une équipe de l'UQAM développe une carte interactive de la forêt urbaine
C'est la première fois au monde qu'un outil permet le suivi de tous les arbres d'une section de forêt urbaine.  

Le 2 juillet 2020 - Après un travail de terrain minutieux impliquant de nombreux relevés et mesures, Alain Paquette, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et les étudiantes de son laboratoire dévoilent le nouvel outil de suivi de la forêt urbaine autour du Complexe des sciences Pierre-Dansereau. «Cette carte interactive inventorie les 1567 arbres présents sur le territoire de la placette permanente que nous avons établie l'an dernier, laquelle fait environ un kilomètre carré, précise le professeur. En quelques clics, on peut identifier un arbre en particulier et consulter plusieurs informations à son sujet.»

Dans le jargon de la foresterie, une placette-échantillon permanente est une unité d’échantillonnage qui permet de suivre la croissance individuelle de chaque arbre. Il en existe des milliers dans la forêt québécoise. Ces placettes font l’objet d’un suivi et constituent une source d’information sur la croissance et l’évolution des forêts. Dans le cadre du projet d’Alain Paquette, le concept a été appliqué à la forêt urbaine. La carte interactive a été créée par la candidate à la maîtrise en sciences de l'environnement Margaux Dubé, en collaboration avec l'agente de recherche Elyssa Cameron.

Arbres publics, institutionnels et privés

C'est la première fois au monde qu'une telle initiative de suivi de la forêt urbaine est mise sur pied, note fièrement le professeur, qui est également chercheur au Centre d’étude de la forêt (CEF). «Plusieurs villes possèdent un inventaire de leur forêt urbaine, mais, dans tous les cas, cela se limite aux arbres dont la ville est responsable, soit moins de 50 % de l'inventaire réel. Ça ne permet pas d'obtenir un portrait global.»

En plus de la Ville de Montréal, l'équipe d'Alain Paquette a contacté tous les propriétaires, autant institutionnels (comme la Place des Arts) que résidentiels, afin d'obtenir la permission de fouler leur terrain et de récolter des données. «Nous avons même eu accès à la cour intérieure d'un consulat qui se trouve dans le périmètre étudié, sous la surveillance étroite des employés», raconte le chercheur.

Les étudiants stagiaires Kaila Langille, Diane Robach, Maxime Célérier et Maxime Kozyra ainsi que l'étudiante au baccalauréat en biologie en apprentissage par problèmes Marianne Roxbourgh-Lepage et la candidate à la maîtrise en biologie Alex-Anne Couture ont effectué les relevés sur le terrain, identifiant les espèces d'arbres et mesurant leur diamètre et leur hauteur. La diplômée au DESS en systèmes d'information géographique Eugénie Morasse Lapointe, l'étudiant au baccalauréat en géographie Louis Quintal et le doctorant Jean-François Prieur ont utilisé la télédétection par laser pour repérer et mesurer la taille des cimes, qui est utile pour calculer les services écosystémiques rendus par chaque arbre.

La carte révèle que sur les 1567 arbres inventoriés, 594 appartiennent à la Ville de Montréal. «La forêt urbaine privée, qui inclut le résidentiel, l'institutionnel et le commercial, constitue donc un peu plus de 60 % de l'inventaire», note le professeur.

Les espèces dominantes

Comme c’est souvent le cas dans les villes du nord-est de l'Amérique du Nord, il y a trois espèces dominantes à Montréal: l'érable de Norvège, l'érable argenté et le frêne de Pennsylvanie. «Avant d'être décimé par l'agrile, le frêne constituait le cinquième de la canopée à Montréal», précise Alain Paquette.

Les six espèces dominantes sur le territoire de la placette sont le févier d'Amérique (157 individus), l'érable à Giguère (147) – «Une espèce souvent ignorée dans les inventaires, puisque rarement plantée, note le spécialiste. Elle s’installe naturellement partout… même dans les fissures de l’asphalte!» –, le thuya occidental (127), le chicot du Canada (118), l'érable de Norvège (113) et l'érable argenté (107).

La surutilisation des érables est problématique, observe Alain Paquette. «L'érable de Norvège, qui constitue un peu plus de 20% de la canopée montréalaise, est une espèce exotique envahissante que l'on ne plante plus près des grands parcs, explique-t-il. Et l'érable argenté, une espèce indigène magnifique comme l'était le frêne, est immense et peu d’emplacements sont suffisamment vastes, en ville, pour lui permettre de croître à sa guise.»

Diversité et groupes fonctionnels

La prédominance d’un nombre limité d’espèces en milieu urbain est un enjeu important, comme on l’a vu par le passé avec les ormes et comme on le constate depuis quelques années avec le frêne. Il est toutefois possible de contrebalancer cela avec une approche basée sur un élément essentiel à toute forêt en santé: la diversité fonctionnelle. «On pense habituellement que la biodiversité se limite au nombre d'espèces sur un territoire donné, mais c'est plus complexe que cela, explique Alain Paquette. La distribution des abondances est extrêmement importante, mais, en plus, certaines espèces se ressemblent beaucoup et risquent de réagir de la même façon à un stress, comme un manque d'eau ou un insecte. Pour augmenter la résilience d'une forêt, il faut choisir des espèces qui réagissent différemment les unes des autres.»

Le postdoctorant Michaël Belluau, le stagiaire Tristan Lambry et le professeur Paquette ont identifié ce qu'ils ont appelé des groupes fonctionnels, c'est-à-dire des espèces d'arbres pouvant potentiellement réagir de la même façon aux différents stress. «Nous avons créé un outil d'aide à la décision pour aider les gens comme les élus et les horticulteurs des municipalités qui doivent sélectionner les espèces à planter, explique le chercheur. Il leur suffit de choisir des arbres dans différents groupes fonctionnels pour obtenir une forêt plus résiliente, un peu comme dans une stratégie de placements!» Alain Paquette a développé cette approche alors qu’il était postdoctorant au laboratoire du professeur Christian Messier, dont il est devenu le collègue.

Lorsqu'on consulte la fiche détaillée d'un arbre à partir de la carte interactive, on peut noter son groupe fonctionnel et se référer à ce concept très utile en aménagement de la forêt urbaine.

La carte montre que les forêts urbaines résidentielles, institutionnelles et publiques de la placette sont très différentes en composition et en diversité, poursuit le spécialiste. «C'est rassurant: les propriétaires privés, institutionnels et l’administration publique font des choix différents et, en conséquence, la forêt urbaine montréalaise est plus résiliente, car les espèces présentes sont complémentaires.»

Un suivi dans le temps

Cette placette permanente de suivi de la forêt urbaine sert d'ores et déjà à l'enseignement: en février dernier, des étudiants étaient sur le terrain par un froid glacial afin de mesurer des arbres. L'un des laboratoires du cours Écologie forestière sera consacré, chaque année, à remesurer une partie de l'inventaire, confirme Alain Paquette. «L'objectif ultime de la placette est d'observer, d'analyser et de mieux comprendre comment poussent tous ces arbres au fil du temps», conclut-il.

Cet article a d'abord été publié dans Actualités UQAM le 18 juin 2020.

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Margaux Dubé, candidate à la maîtrise en sciences de l'environnement et créatrice de la carte interactive, est disponible pour des entrevues.

SourceJoanie DoucetConseillère en relations de presseDivision des relations avec la presse et événements spéciauxService des communications, UQAMCellulaire : 514 297-2771doucet.joanie@uqam.ca 

jeudi 2 juillet 2020
Cyberespionnage et COVID-19 : un chercheur de l'UQAM se penche sur la question

Le 29 juin 2020 - Alors que des milliers de chercheurs à travers le monde sont à pied d’œuvre afin de trouver un vaccin ou un traitement contre la COVID-19, des États ont recours au cyberespionnage pour obtenir des secrets médicaux ou pharmaceutiques. Alexis Rapin, chercheur en résidence à l’Observatoire des conflits multidimensionnels de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM, s'intéresse à la question.

Au début mai, deux agences de sécurité, le National Cyber Security Centre (NCSC), en Angleterre, et la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA), aux États-Unis, ont affirmé dans une déclaration commune que des États mobilisaient des hackers (pirates informatiques) pour espionner des instituts de recherche, des entreprises pharmaceutiques et des agences sanitaires gouvernementales dans le but de collecter des données sur l’état de leurs recherches, corroborant des constats similaires établis par le FBI un mois plus tôt.

«Des hackers iraniens et sud-coréens se seraient livrés à des cyberattaques contre l’Organisation mondiale de la santé pour récolter de l’information sur les dispositifs sanitaires de certains pays dans le contexte de la lutte contre la pandémie», indique Alexis Rapin. «Dans un deuxième temps, on a assisté à des manoeuvres de hackers qui se sont introduits dans les systèmes informatiques de laboratoires universitaires ou pharmaceutiques afin de dérober des données sensibles liées aux recherches sur la COVID-19», poursuit le jeune chercheur, auteur de l’article «COVID-19: le cyberespionnage s’invite dans la course au remède».

Par ailleurs, de faux sites web liés à la COVID-19 ont commencé à apparaître, selon le Centre canadien pour la cybersécurité. Des auteurs de cybermenaces les utilisent dans le but de se faire passer pour des établissements de santé ou des ministères, de faire circuler de fausses informations ou de duper les gens.

D’importants enjeux d’ordre économique, politique et scientifique sont associés aux recherches portant sur un éventuel vaccin ou traitement contre la COVID-19. «Trouver une solution, c’est bien, mais la trouver avant les autres, c’est encore mieux, affirme Alexis Rapin. Le premier État qui mettra au point un vaccin contre la COVID-19 pourra le commercialiser et reprendre ses activités économiques plus rapidement. On se souviendra que l’administration Trump, à la mi-mars, avait tenté d’obtenir l'exclusivité sur un possible vaccin développé par une firme allemande.»

Être le premier État à découvrir une cure contre le virus constituerait en outre une démonstration de force scientifique et technologique, assurant un rayonnement international, ajoute le chercheur. «Un pays comme la Chine, par exemple, a tout intérêt à rehausser son image et à faire oublier qu’elle a été le foyer d’origine de la pandémie.»

Ces mystérieux hackersCertaines cybermenaces sont appelées «menaces persistantes avancées» (MPA), car leurs auteurs sont en mesure d’utiliser des techniques sophistiquées pour mener des opérations complexes et prolongées. Ces menaces sont généralement le fait d’agents financés par des États et de hackers organisés, particulièrement compétents.

«On sait que des hackers agissent de leur propre initiative et vendent au plus offrant les informations qu’ils parviennent à obtenir, alors que d’autres servent les intérêts d’un pays en particulier, note le chercheur. Même si des firmes de cybersécurité enquêtent sur leurs modes de fonctionnement, il demeure difficile de les identifier, de savoir d’où ils proviennent et pour qui ils travaillent.»

La Chine, la Russie et l’Iran comptent parmi les pays les plus soupçonnés de faire du cyberespionnage. «Les regards sont surtout tournés vers la Chine qui, depuis plus de 20 ans, se livre au vol de propriété intellectuelle et au cyberespionnage économique», observe Alexis Rapin. En 2019, un rapport de FireEye, une entreprise de sécurité informatique américaine, attribuait à deux groupes de pirates informatiques chinois plusieurs cyberattaques contre des organismes de recherche américains et japonais travaillant sur le cancer. La même année, le géant pharmaceutique allemand Bayer était lui aussi victime d’une brèche informatique, imputée à un autre groupe de hackers chinois.

«Le Canada, où plusieurs universitaires mènent des recherches en lien avec la COVID-19, fait partie des cibles potentielles du cyberespionnage, remarque le chercheur. Le Centre canadien pour la cybersécurité vient de publier un document révélant qu’une entreprise pharmaceutique aurait fait l’objet d’une cyberattaque de l’étranger à la mi-avril. C’est la première confirmation qu’un organisme au Canada a été pris pour cible dans le contexte de la pandémie et on peut présumer qu’il y en aura d’autres.»

Dépasser la logique nationaleLa lutte contre la pandémie représente un enjeu de sécurité qui traverse les frontières. Malheureusement, déplore Alexis Rapin, on assiste à un renforcement des logiques nationales au détriment de la recherche de solutions multilatérales, qui pourraient mettre à contribution des institutions internationales.

Une organisation transnationale d’experts en informatique et cybersécurité, la Cyber Threat Intelligence League, s’est formée à la mi-mars afin d’aider bénévolement les organismes sanitaires à faire face aux pirates tentant de profiter de la pandémie. «Elle regrouperait déjà quelque 1 400 volontaires dans près de 80 pays, selon son premier rapport publié fin mars, dit le chercheur. Ses activités semblent toutefois se concentrer davantage sur la cybercriminalité – les tentatives d’extorsion, notamment – plutôt que sur les activités d’espionnage orchestrées par des États.»

Aux États-Unis, l’administration Obama avait favorisé l’approche diplomatique en signant avec Pékin, en 2015, un accord censé mettre fin au vol de secrets industriels. «En 2018, face à une recrudescence du phénomène, Washington a donné un tour de vis en mettant en place des mécanismes judiciaires qui ont mené à plusieurs inculpations de hackers étrangers, indique Alexis Rapin. Une telle approche a peut-être eu un effet dissuasif, mais elle a aussi exigé d’investir beaucoup de temps et de moyens pour accumuler des preuves.»

Au Canada, le Centre canadien de la sécurité des télécommunications (CST) publie régulièrement des études pour évaluer les risques de cyberattaques. «Des informations ont déjà circulé sur les organismes ciblés et sur l’ampleur des dégâts occasionnés, mais un flou artistique demeure, relève le chercheur. On dispose de peu de données permettant de confirmer que le Canada est bien armé pour faire face au cyberespionnage, ce qui ne facilite pas la tâche des chercheurs qui s’intéressent à ce sujet.»

Faire circuler les connaissancesAlexis Rapin ne croit pas que la menace associée au cyberespionnage puisse constituer un frein à la collaboration entre chercheurs, ralentissant ainsi les travaux visant à trouver un vaccin ou un remède contre le coronavirus. «Je ne sens pas un réflexe de repli sur soi au sein de la communauté scientifique. Le problème ne vient pas des chercheurs eux-mêmes. Plusieurs d’entre eux plaident pour la libre circulation des connaissances et des résultats de recherche. Ce sont davantage les responsables aux plus hauts échelons gouvernementaux qui craignent le partage des informations.»

Cet article a d'abord été publié dans Actualités UQAM le 5 juin 2020.

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Demande d'entrevuesChaire Raoul-Dandurand en études diplomatiques et stratégiquesCellulaire: 514 814-6782Dandurand-medias@uqam.ca

SourceJoanie Doucet, conseillère en relations de presseDivision des relations avec la presse et événements spéciauxService des communicationsTél.: 514 987-3000, poste 3268Cell.: 514 297-2771doucet.joanie@uqam.ca

lundi 29 juin 2020
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