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Une équipe de l’UQAM parvient à améliorer l’accès aux diagnostics de retard de développement comme l'autisme

Autisme: améliorer l’accès aux diagnostics – Un nouveau guide vise à soutenir l’implantation de cliniques d’évaluation diagnostique.

Le 19 mai 2020 – En 2014, une étude pilotée par la Fondation Miriam (un organisme de bienfaisance soutenant des programmes d’intervention novateurs auprès d’enfants et d’adultes atteints d’un trouble de développement) révélait que plus de 1000 enfants au Québec pouvaient attendre jusqu’à trois ans avant d’obtenir un diagnostic d'autisme, de déficience intellectuelle ou de retard global de développement. Or, ce diagnostic constitue la clé pour accéder à des services publics spécialisés d’intervention précoce.

«Les délais d’attente s’expliquent, entre autres, par un manque de ressources dans un contexte où le nombre de demandes de diagnostic a proliféré au cours des 20 dernières années», rappelle la professeure du Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Mélina Rivard, membre du Laboratoire d’étude des problématiques comportementales en autisme et des autres retards de développement (ÉPAULARD).

Le fait que ces diagnostics exigent une expertise particulière contribue aussi à ralentir le processus d’évaluation dans le système hospitalier. «La situation est d’autant plus préoccupante que les enfants ont droit au traitement d’intervention comportementale intensive jusqu’à l’âge de 5 ans et 11 mois, précise la psychologue. Plus l’attente est longue pour obtenir une évaluation diagnostique, plus nombreux sont les enfants qui ne peuvent pas bénéficier d’une intervention précoce.»

Pour réduire les délais d’attente, le Centre d’évaluation Voyez les choses à ma façon (VCMF), appuyé par la Fondation Miriam, le laboratoire ÉPAULARD et la Chaire de déficience intellectuelle et troubles du développement (DITC), dont la titulaire est la professeure du Département de psychologie Diane Morin, ont conçu et lancé récemment le Guide d’implantation d’un programme d’évaluation diagnostique du trouble du spectre de l’autisme, de la déficience intellectuelle et du retard global de développement pour des enfants âgés de cinq ans et moins.

Le guide d’implantation, qui s’appuie sur l’expérience positive du Centre d’évaluation VCMF, vise à soutenir les gestionnaires et les professionnels de la santé et des services sociaux qui souhaitent implanter une clinique d’évaluation diagnostique dans leur région.

Projet pilote Le Centre VCMF a été créé en 2015, grâce à une entente établie entre la Fondation Miriam, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS). Il a développé un projet pilote afin d’améliorer l’accès aux services d’évaluation diagnostique pour les enfants d’âge préscolaire se trouvant sur des listes d’attente dans les hôpitaux montréalais. C’est ce projet qui a servi de base au guide d’implantation.

Le projet, qui s’est déployé de 2015 à 2020, visait à proposer des services d’évaluation diagnostique plus fluides, permettant de réduire le temps d’attente, ainsi qu'un service de soutien aux familles pendant et après l'évaluation. Un autre objectif consistait à élaborer un modèle de centre d’évaluation diagnostique répondant aux meilleurs standards de pratique, notamment en termes de travail en équipe interdisciplinaire et d’efficacité quant au nombre d’évaluations réalisées.

«Pour remplir sa mission, le Centre VCMF a créé des partenariats avec des organismes et établissements du réseau public de la région de Montréal afin qu’ils lui réfèrent des familles dont les enfants étaient en attente d’une évaluation diagnostique», note Mélina Rivard. Il s’agit de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, de l’Institut universitaire Douglas en santé mentale, de l’Hôpital de Montréal pour enfants et du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Montagne.

Des résultats positifsDepuis 2015, les chercheuses du laboratoire ÉPAULARD et de la Chaire DITC collaborent avec le Centre VCMF pour l’évaluation de la qualité de ses services, cliniques notamment. Elles ont participé à l’évaluation du projet pilote et de ses impacts. En mars 2020, le centre VCMF avait complété plus de 1 100 évaluations diagnostiques.

Une étude a révélé un taux de satisfaction élevé des familles ayant reçu des services du Centre. «La grande majorité des parents considéraient que le Centre avait fait preuve d’écoute à leur égard, les avait aidés à mieux comprendre les difficultés et les besoins de leur enfant et leur avait offert un appui psychologique adéquat, observe la professeure. Plusieurs parents ont aussi exprimé le souhait d’obtenir un soutien après le diagnostic et de recevoir davantage d’information sur les traitements et les services disponibles dans le réseau public de santé.»

Mélina Rivard croit que l’expérience du Centre et le guide d’implantation permettront d’alimenter la réflexion des représentants des CIUSS et du ministère de la Santé et des Services sociaux qui siègent à des comités chargés de revoir le processus actuel d’évaluation diagnostique des enfants présentant des difficultés ou des retards sur le plan développemental.

«Grâce au guide d'implantation, d'autres centres ou services pourraient s’inspirer de l’expérience du centre VCMF, car l’objectif ultime est que le programme puisse être développé dans différentes régions du Québec», souligne Mélina Rivard. Un rapport de recherche portant sur les effets de l’implantation sera rendu public en décembre 2020. 

On peut consulter le guide d’implantation du programme d’évaluation diagnostique sur le site web de la Chaire de déficience intellectuelle et troubles du développement.

*Cet article a d’abord été publié dans le portail de nouvelles Actualités UQAM, sous le titre «Autisme: améliorer l’accès aux diagnostics – Un nouveau guide vise à soutenir l’implantation de cliniques d’évaluation diagnostique.»

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La professeure Mélina Rivard est disponible pour des entrevues

Source : Rose-Aline LeBlanc, conseillère en relations de presse Division des relations avec la presse et événements spéciaux Service des communications Tél. : 514 987-3000, poste 2248 leblanc.rose-aline@uqam.ca twitter.com/RoseAlineLeBlan

mardi 19 mai 2020
Covid19: Les finissants en urbanisme de l'UQAM lancent le magazine R-Urbaine

Le 15 mai 2020  ̶  Les finissants au baccalauréat en urbanisme de l'UQAM ont lancé la première édition du magazine R-Urbaine, le 8 mai dernier. Ce magazine d’une soixantaine de pages rassemble 11 projets de revitalisation de quartiers, tant au Canada qu’à l’international, imaginés par les étudiants de l’atelier Praxis III: développement et mise en œuvre de projets. « Cet atelier de huit mois constitue la consécration de trois années d’études », explique François Racine, professeur au Département d’études urbaines et touristiques.

En équipe de 4 à 6 personnes, les étudiants ont effectué des simulations de mandats d’aménagement pour le Seaport District de Boston, aux États-Unis; le site du Quai des usines à Bruxelles, en Belgique; le quartier Camilo Cienfuegos de La Havane, à Cuba; une friche industrielle de Lisbonne, au Portugal; le quartier Maeva Beach de Punaauia, à Tahiti; le district d’Hatillo à San José, au Costa Rica; les plaines LeBreton, à Ottawa; le secteur D’Estimauville, à Québec; le quadrilatère délimité par les rues Ontario, Moreau, Sainte-Catherine et Frontenac, à Montréal; une friche industrielle à McMasterville, en Montérégie; et le centre-ville d’Hawkesbury, en Ontario.

À titre d'exemple, l'équipe de Boston propose d'aménager un marché public à proximité des berges du Reserved Channel; l'équipe de Montréal suggère de créer un quartier durable autour d'un grand parc, qui unirait les arrondissements de Ville-Marie et de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve; et l'équipe d'Hawkesbury souhaite revitaliser la rue principale, créer une place publique centrale et mettre en place des espaces avec vue sur la rivière des Outaouais.

Ces 11 projets devaient respecter le « principe des 4D » – densité, diversité, déplacements actifs, desserte par transport collectif – et être inclusifs sur le plan social. « Au début du projet, les étudiants se sont rendus dans chaque ville afin de rencontrer des urbanistes locaux, souligne François Racine. Ils ont pu cerner les enjeux, problématiques et possibilités de développement dans ces quartiers. Certaines équipes, entre autres à La Havane, ont même fait du codesign avec la population locale! »

Alternative à l’expositionCe magazine n’aurait jamais vu le jour sans la pandémie de COVID-19. Les finissants en urbanisme terminent habituellement leur parcours par une exposition devant leurs pairs, leurs enseignants et des professionnels de l’industrie. L’exposition de cette année, qui devait avoir lieu en avril au pavillon Sherbrooke, a été annulée.

L’idée de créer un magazine, proposée par l’Association générale des étudiants en urbanisme (AGEUR), a rapidement fait son chemin tant auprès des étudiants que des professeurs François Racine et sa collègue Priscilla Ananian. En quelques semaines, les équipes ont rassemblé tout le matériel préparé pour l’exposition et l’ont adapté à un format imprimé. La conception graphique a été réalisée par l’étudiant Manoarii Ah-Min. « Le résultat est très professionnel et laissera une trace pérenne des travaux réalisés », se réjouit François Racine.

Pédagogie uniqueCréé en 1976, le baccalauréat en urbanisme se distingue par une formule pédagogique unique, qui combine formation théorique et ateliers pratiques, communément appelée Praxis. Cette approche par projet comprend une démarche holistique d’analyse, d’intervention et d’évaluation de l’environnement bâti. « Les étudiants acquièrent autant des savoir-faire – outils d’analyse, dessin, conception – que des savoir-être – travail d’équipe, respect des échéanciers, rigueur », précise François Racine.

Lors de chacun des trois ateliers Praxis, les étudiants prennent progressivement en compte la complexité de la ville, son tissu social, économique et urbain, son environnement et ses paysages. « L’approche pédagogique fait du projet le point culminant d’un processus démarrant par l’acquisition de compétences analytiques et techniques », explique le professeur.

Reconnu par l’Ordre des urbanistes du Québec et par l’Association pour la promotion de l’enseignement et de la recherche en aménagement et urbanisme, le programme comprend une dimension pluridisciplinaire touchant plusieurs domaines: architecture, géographie, sociologie, droit, histoire, économie, écologie. En plus du cheminement régulier, une concentration internationale aborde la problématique des modes d’urbanisation dans le monde. On y examine également comment ces modes d’urbanisation influencent la manière dont la pratique de l’urbanisme est abordée. « Les étudiants de la concentration internationale peuvent effectuer un échange d’un trimestre pour s’initier à la pratique de l’urbanisme en Europe, aux États-Unis ou en Amérique centrale », précise François Racine.

Le baccalauréat accepte de nouveaux étudiants aux trimestres d’automne et d’hiver. Il est possible de faire une demande d’admission pour l’hiver 2021 d’ici le 1er novembre.

Cet article a d'abord été publié dans Actulités UQAM le 12 mai 2020

Le professeur du Département d'études urbaines et touristiques de l'ESG UQAM, François Racine, est disponible pour accorder des entrevues. Vous pouvez le joindre directement par courriel racine.françois.2@uqam.ca

 

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SourceJulie MeunierConseillère en relations de presseDivision des relations avec la presse et événements spéciauxService des communications, UQAMTél. : 514 987-3000, poste 1707meunier.julie@uqam.ca

 

vendredi 15 mai 2020
Des étudiants de l'École de design de l'UQAM s'illustrent à la compétition internationale BPR

Le 13 mai 2020  ̶  Plusieurs étudiants de l'UQAM ont soumis des projets pour le concours BPR. Antoine Desloges et Thomas Philipona, étudiants au DESS en design de transport, ont remporté deux des cinq prix à la compétition internationale de design BRP. Une soixantaine d’étudiants du Québec, de l’Ontario, des États-Unis, du Danemark et de la Finlande ont participé à ce concours organisé par le fabricant de produits récréatifs BRP.

Les participants devaient concevoir un véhicule électrique se positionnant entre le vélo et la voiture, soit une solution de mobilité durable qui permettrait de se déplacer dans des villes devant composer avec des conditions hivernales rigoureuses.

Le projet The Rounster d’Antoine Desloges a remporté le troisième prix de 1 000 euros. Le projet Pod de Thomas Philipona a quant à lui obtenu une mention d’honneur, séduisant le jury par son originalité, son style et les éléments d’innovation permettant d’adapter le véhicule à différentes conditions hivernales.

Cédric Hamel-Bruno et Alexis Cartier, étudiants au baccalauréat en design de l’environnement, ont aussi présenté des projets sélectionnés par le jury. Les étudiants de l’UQAM étaient encadrés par le chargé de cours Bruno Miron et le professeur Steve Vezeau de l’École de design.

La présentation des projets devant jury devait avoir lieu à Rovaniemi, en Finlande, dans le cadre de l’Arctic Design Week, mais elle s’est déroulée par visioconférence en raison de la COVID-19.

Cet article a d'abord été publié dans Actualités UQAM le 11 mai 2020.

Le professeur Steve Vézeau est disponible pour accorder des entrevues. Vous pouvez le joindre directement par courriel vezeau.steve@uqam.ca

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SourceJulie MeunierConseillère en relations de presseDivision des relations avec la presse et événements spéciauxService des communications, UQAMTél. : 514 987-3000, poste 1707meunier.julie@uqam.ca

mercredi 13 mai 2020
Une historienne de l'art de l'UQAM retrace l'histoire de la photographie amateur

Le 11 mai 2020  ̶  Toutes ces vieilles photos qui ont été partagées sur les réseaux sociaux depuis le début du confinement valent peut-être plus que vous ne le pensez. « Plusieurs expositions mettant en valeur des photos amateur ont été présentées au tournant des années 2000 dans des musées importants, comme le Metropolitan Museum of Art (New York), le San Francisco Museum of Modern Art, le J. Paul Getty Museum (Los Angeles) et la National Gallery of Art (Washington) », souligne Julie-Ann Latulippe (M.A. études des arts, 2010). Sous la direction de la professeure Marie Fraser, la finissante au doctorat en histoire de l'art de l'UQAM a soutenu avec succès, en février dernier, une thèse portant sur l'histoire du snapshot.

« Le snapshot, c'est la photographie amateur qui apparaît aux États-Unis avec les premiers appareils Kodak en 1888 », raconte Julie-Ann Latulippe. Bien sûr, la photographie existait avant cela, précise la chercheuse, mais, pour en faire, il fallait posséder une chambre noire et maîtriser les principes chimiques du procédé.

« Avec l'appareil Kodak aux réglages simplifiés, les gens n'avaient plus besoin de formation ou de compétences particulières. Le slogan de l'entreprise était: You press the button, we do the rest. » C'était effectivement le cas: au bout de la pellicule de 100 poses, l'utilisateur n'avait qu'à envoyer l'appareil chez Kodak, qui s'occupait de développer les photos et de les retourner au photographe avec son appareil chargé d'une nouvelle pellicule. Cet appareil coûtait 25 dollars, soit le salaire annuel moyen d'un travailleur de ferme. « C'est à partir de la production du Brownie, commercialisé au tournant de 1900 pour la somme de un dollar, que la photographie se démocratise et que Kodak étend son marché à l'international », raconte Julie-Ann Latulippe.

Depuis l'avènement de ces appareils amateurs, les gens prennent des photos pour documenter des moments de leur vie qui ont un sens dans le récit familial. « Que se passe-t-il quand ces images sont séparées de ce récit originel ? Comprendre le déplacement de ces snapshots anonymes de la sphère domestique vers de nouveaux contextes institutionnels constituait le point de départ de ma recherche », souligne la chercheuse.

Développements techniques et évolution socialeJulie-Ann Latulippe a été étonnée de constater que la production amateur était très peu abordée dans l'histoire officielle de la photographie et, plus globalement, en histoire de l'art. « Dans la littérature, on considère la pratique des amateurs comme étant homogène, répétitive, banale et inintéressante, a-t-elle constaté. Pourtant, les photos dénotent une évolution stylistique et la pratique se transforme au fil des développements techniques. »

Bien sûr, les différences entre les photos d'époque réalisées en studio et celles prises par des amateurs sont flagrantes, souligne la chercheuse. « Les amateurs sont clairement moins bons que les photographes professionnels, note en riant Julie-Ann Latulippe. Le cadrage et l'éclairage sont souvent déficients. Puisque les premiers appareils n'étaient pas très performants côté exposition, les photographies devaient être prises à l'extérieur et le temps d'exposition était long. Si le sujet bougeait, la photo était floue. » Voilà pourquoi les photos amateurs de la fin du 19e siècle sont surtout des portraits de famille pris dans le jardin ou devant la maison, où tout le monde semble figé.

Au fil des développements techniques, le flash apparaît et les pellicules sont plus performantes, permettant la prise de photo à l'intérieur avec des sujets en mouvement. « La photographie amateur présente alors des sujets plus décontractés, note la spécialiste. C'est précieux pour les historiens, car on accède ainsi à des références visuelles sur la vie quotidienne de l'époque totalement inédites: des gens qui dorment, qui sont en sous-vêtements, des femmes se laissant sécher les cheveux à l'air libre alors qu'en société on ne voyait jamais cela. »

Les photos amateurs dénotent également l'évolution du noyau familial, poursuit Julie-Ann Latulippe. « À la fin du 19e siècle, les photos représentent la famille élargie avec plusieurs générations dans le cadre. Dans la période post-Deuxième Guerre, il y a un resserrement autour de la famille nucléaire, puis, dans les années 1970-1980, on observe la montée en puissance de la photo individuelle et des photos représentant uniquement les enfants. »

À travers tous ces changements, une constante demeure: le fameux doigt posé par mégarde devant l'objectif. « Ce classique remonte aux débuts de la photo et se maintient dans le temps jusqu'au 21e siècle, avant que la photographie numérique ne gomme ces erreurs, souligne en riant la chercheuse. Un artiste en a même fait l'objet d'un ouvrage! »

Des images vides de sensPeu importe l'époque, il survient inévitablement un moment où les images se trouvent séparées de leur contexte premier, où la transmission entre le producteur de la photo et ses héritiers se brise. « Les images, qui avaient pour certaines personnes une forte charge affective, deviennent alors vides de sens, explique Julie-Ann Latulippe. Ce fut le cas, par exemple, des photos de voyages dont mon mari a hérité à la mort de son grand-père il y a quelques années. Sans le récit de ces aventures au Tibet et au Maroc, c'était difficile de saisir la signification de chaque photo. »

Peu importe l'époque, il survient inévitablement un moment où les images se trouvent séparées de leur contexte premier, où la transmission entre le producteur de la photo et ses héritiers se brise.

C'est souvent à ce moment que l'on se débarrasse de ces vieux clichés. Si on ne les jette pas tout simplement, ils se retrouvent dans les encans de succession, les boutiques de seconde main et les marchés aux puces. « C'est là, à partir des années 1970, que les artistes et les collectionneurs trouvent ces photos devenues anonymes, prêtes à s'ouvrir à de nouvelles potentialités et à de nouveaux récits », raconte la chercheuse. Depuis, un réseau de marchands spécialisés s’est mis en place, qui a profité plus tard de l'arrivée du web pour proliférer. Ce sont ces collections privées qui ont donné lieu aux expositions sur le snapshot anonyme présentées dans des musées prestigieux au début des années 2000.

Le reflet d'une culture communeLes raisons pour lesquelles les collectionneurs s'intéressent aux photos amateurs varient grandement, mais plusieurs cherchent des images qui font surgir des émotions, qui résonnent de manière personnelle, souligne Julie-Ann Latulippe. « On peut tous en faire l'expérience en observant une photo qui ne nous appartient pas: nous remarquerons un détail nous rappelant une époque ou une personne que nous avons connue. » Ces liens qui s'établissent avec les photos des autres ne sont pas si mystérieux. « Ils dénotent simplement une culture partagée, des époques, notre américanité, voire même une histoire nationale dans certains cas. Plusieurs collections privées de photos amateurs ont fait l'objet de publications mettant l'accent sur cette culture partagée.»

Des intérêts différentsLes artistes qui utilisent les photos amateurs ne s'intéressent pas aux mêmes types d'images. « Les collectionneurs et les musées s'intéressent aux photos amateurs de la fin du 19e siècle jusqu'aux années 1960, note Julie-Ann Latulippe. Ils cherchent des photos de bonne qualité en bonne condition matérielle. Normal: ils veulent mettre en relief que les amateurs sont de bons photographes et que leur production visuelle est intéressante. »

« Les artistes font plus de place aux photos ambigües, plus troubles, plus douloureuses. Ils aiment les photos ratées, de mauvaise qualité, abîmées par le temps ou carrément déchirées par leurs propriétaires après une rupture amoureuse. »

Finissante au doctorat en histoire de l'artLes artistes contemporains préfèrent les images plus récentes, des années 1970 à aujourd'hui. « Ils font plus de place aux photos ambigües, plus troubles, plus douloureuses. Ils aiment les photos ratées, de mauvaise qualité, abîmées par le temps ou carrément déchirées par leurs propriétaires après une rupture amoureuse. »

Enfin un objet d'étudeDans la dernière partie de sa thèse, Julie-Ann Latulippe s'intéresse à l'apparition du snapshot comme objet d'étude académique. « À partir des années 1960, avec l'ouvrage Un art moyen: essai sur les usages sociaux de la photographie, de Pierre Bourdieu – qui avait été commandé par Kodak –, la photo amateur devient un objet d'étude en sciences sociales, notamment en sociologie et en anthropologie. Ce n'est pourtant qu'au tournant des années 2000 qu'on assiste à une forme de réhabilitation de la photo amateur dans le domaine de l'histoire de la photographie et de l'histoire de l'art. »

La rupture technologique causée par l'avènement des technologies numériques explique l'intérêt marqué pour le snapshot sur pellicule depuis le début des années 2000, affirme Julie-Ann Latulippe. « La photo sur pellicule est vouée à l'obsolescence et on souhaite l'étudier avant qu'elle ne disparaisse complètement, comme si la fin de cette pratique lui conférait désormais une nouvelle valeur », conclut-elle. Parions que vous n'observerez plus vos vieux clichés de la même manière!

Cet article à d'abord été publié dans Actualités UQAM le 1er mai 2020.

Pour obtenir une entrevue avec la doctorante en histoire de l'art, Julie-Ann Latulippe, veuillez joindre la soussignée.

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SourceJulie MeunierConseillère en relations de presseDivision des relations avec la presse et événements spéciauxService des communications, UQAMTél. : 514 987-3000, poste 1707meunier.julie@uqam.ca

lundi 11 mai 2020
An initial study by Antony Karelis' team links a vegan diet to better endurance levels

French version

Montreal, May 8th - Physical appearance and athletic strength have traditionally been associated with a diet that emphasizes meat and animal products. In the late 19th century, Louis Cyr consumed 10 pounds of red meat a day to become “the strongest man who ever lived”. Usain Bolt, the fastest runner on the planet, ate a hundred chicken nuggets a day leading up to the 2008 Beijing Olympics, where he won two gold medals. Even the fictional boxer Rocky Balboa drank shakes of raw eggs and trained by punching slabs of beef.

"This image of the athlete, bodybuilder or carnivore warrior is deeply rooted in our culture," said Antony Karelis, a professor in the Department of Physical Activity Sciences at the Université du Québec à Montréal (UQAM). By contrast, vegans are generally perceived to be physically weaker with a poorer performance.”

In order to deconstruct this myth, Karelis and his team – postdoctoral fellow Mauricio Garzon (M.Sc. Kinanthropology, 2010, UQAM), doctoral candidate Guy Hajj Boutros (M.Sc. Kinanthropology, 2018, UQAM), and undergraduate student in kinesiology Marie-Anne Landry Duval – compared the physical performance of 28 vegan women to that of 28 omnivore women. The two groups had similar characteristics in terms of body mass index, weight, fat percentage, and physical activity levels. The study was published in the European Journal of Clinical Nutrition.

The results showed that vegans had greater cardiorespiratory fitness levels (VO2 max) and sub-maximal endurance than omnivores. "They performed better, in both maximal and prolonged endurance exercises," said the professor. In addition, the researchers did not note any significant difference in muscle strength between both groups may be in lower (leg press) or upper body strength (chest press).

This study is the first to specifically target the relationship between a long-term vegan diet (≥2 years) with , VO2 max, submaximal endurance and muscle strength in vegans only, noted Karelis. “Previous research had been carried out on a heterogeneous population, which was a mixture of vegans, lacto-vegetarians and ovo-lacto-vegetarians. These studies also demonstrated that people who did not eat meat had no disadvantage in terms of physical performance.”

Glycogen and antioxidants

According to Karelis, these findings, which are contrary to popular beliefs, may be explained by the composition of foods. “Vegans generally eat more carbohydrates than omnivores, which could increase muscle glycogen levels, and in turn, increase endurance . Natural antioxidants, found in greater quantities in the vegan diet and a lower inflammation profile may also explain the results.”

Changing attitudes

The myth of the meat eating s athlete has been called into question for several years. Ultra-marathoner Scott Jurek, race car driver champion Lewis Hamilton, and actor Arnold Schwarzenegger are all vegan. "The documentary The Game Changers (2018) also touts the benefits of a vegan diet for athletes,” noted Karelis.

The professor is aware that this preliminary study on the association between a vegan diet and physical performance was limited to a specific population. "We targeted young women because they are the ones who most commonly adopt a vegan diet. We would like to extend the study to men or women over 35 years of age. But there is no reason to believe that the results would be different for those groups.”

According to Karelis, the current pandemic could bring about a change of attitudes in the population. "A vegan diet benefits our health, the environment and the protection of animals," he said. "If it also benefits physical performance, there is no reason not to encourage a vegan lifestyle.”

vendredi 8 mai 2020
Régime végétalien et meilleure capacité cardiovasculaire : une équipe de recherche de l'UQAM démontre une corrélation entre les deux

Une première étude démontre un lien entre le régime végétalien et une meilleure capacité cardiovasculaire.

Montréal, le 8 mai 2020 - La forme physique et l’apparence athlétique ont traditionnellement été associées à un régime riche en viande et en produits d’origine animale. Pour devenir l’homme le plus fort du monde à la fin du 19e siècle, Louis Cyr consommait 10 livres de viande rouge par jour. Usain Bolt, le coureur le plus rapide sur la planète, mangeait une centaine de croquettes de poulet par jour en préparation des Jeux olympiques de Beijing, où il a remporté deux médailles d’or en 2008. Même dans la fiction, le boxeur Rocky Balboa buvait des shakes d’œufs crus et s’entraînait en frappant sur des carcasses de bœuf.

«Cette image de l’athlète, du culturiste ou du guerrier carnivore est profondément ancrée dans notre culture, souligne Antony Karelis, professeur au Département des sciences de l’activité physique de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). À l’opposé, les personnes végétaliennes sont généralement perçues comme étant plus faibles physiquement, moins aptes à la performance.»

Afin de déconstruire ce mythe, Antony Karelis et son équipe – le stagiaire postdoctoral Mauricio Garzon (M.Sc. kinanthropologie, 2010), le chargé de cours Guy Hajj Boutros (M.Sc. kinanthropologie, 2018) et l’étudiante au baccalauréat d’intervention en activité physique Marie-Anne Landry Duval (certificat en écologie, 2017) – ont comparé les performances physiques de 28 femmes végétaliennes à celles de 28 femmes omnivores. Les deux groupes possédaient des caractéristiques similaires sur le plan de l’âge – les femmes étaient toutes âgées entre 18 et 35 ans –, de l’indice de masse corporelle, du poids, du pourcentage de gras, du niveau d’activité hebdomadaire et des habitudes de vie – femmes non fumeuses et buvant peu d’alcool. L’étude a été publiée dans la revue European Journal of Clinical Nutrition.

Les résultats ont démontré que les végétaliennes ont une capacité cardiovasculaire maximale (VO2 max) et une endurance plus élevées que les omnivores. «Elles performaient mieux, tant dans les sprints que dans les exercices de longue durée», précise le professeur. Quant à la force musculaire, les chercheurs n’ont pas noté de différence significative, que ce soit au niveau des jambes ou du haut du corps.

Cette étude est la première qui cible spécifiquement les liens entre l’alimentation végétalienne, le VO2 max, l’endurance et la force musculaire, indique Antony Karelis. «Des recherches antérieures avaient été réalisées auprès d’une population hétérogène – végétaliens, lacto-végétariens et ovo-lacto-végétariens. Ces études avaient aussi démontré que les personnes qui ne mangeaient pas de viande n’étaient pas désavantagées sur le plan de la force physique.»

Glycogène et antioxydants

Si ces résultats vont à l’encontre de la croyance populaire, ils peuvent s’expliquer par la composition des aliments, estime Antony Karelis. «Les personnes végétaliennes mangent généralement plus de glucides que les omnivores, ce qui augmente le glycogène musculaire, et par conséquent l’endurance. Les antioxydants naturels, présents en plus grande quantité dans l’alimentation végétalienne, diminuent quant à eux l’inflammation.»

On associe souvent le régime végétalien à des carences en protéines, en fer, en calcium et en vitamine B12 et D. Selon le professeur, l’important est d’avoir une alimentation variée et de qualité. «Tant que l’ensemble des nutriments sont présents dans le régime adopté, les personnes végétaliennes ne sont pas désavantagées sur le plan de la performance.»

Se décrivant lui-même comme flexitarien – une personne qui réduit sa consommation de viande sans l’abandonner complètement –, Antony Karelis aborde régulièrement les bienfaits du véganisme dans son cours Activité physique, alimentation et santé. «Je donne souvent en exemple des animaux herbivores comme l’éléphant et le cheval, qui n’ont pas besoin de manger de viande pour avoir une grande force physique. Si c’est vrai dans la nature, ce doit être possible pour les humains aussi.»

Changement de mentalité

Le mythe de l’athlète carnivore est remis en question depuis quelques années. L’ultramarathonien Scott Jurek, le champion de course automobile Lewis Hamilton et l’acteur Arnold Schwarzenegger comptent parmi les adeptes du véganisme. «Le documentaire The Game Changers (2018) vante aussi les bienfaits d’une alimentation végétalienne pour les athlètes», mentionne Antony Karelis.

Le professeur est conscient que cette première étude sur les liens entre l’alimentation végétalienne et la performance physique était limitée à une certaine catégorie de la population. «Nous avons ciblé les jeunes femmes parce que ce sont elles qui adoptent le véganisme en majorité, dit le professeur. Nous aimerions élargir l’étude aux hommes ou à des femmes de plus de 35 ans. Mais il n’y a aucune raison de croire que les résultats seraient différents pour ces groupes.»

Selon Antony Karelis, la pandémie actuelle pourrait amener un changement de mentalité dans la population. «L’alimentation végétalienne est bénéfique pour la santé, pour l’environnement et pour la protection des animaux, dit-il. Si c’est bon aussi pour la performance physique, il n’y a pas de raison de ne pas encourager ce mode de vie.»

Cet article a d'abord été publié dans le portail Actualités UQAM.

Le professeur Karelis et un membre de son équipe sont disponibles pour des entrevues. Vous pouvez les joindre par l'entremise de la soussignée.

Version anglaise

 

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Source: Joanie Doucet, conseillère en relations de presseDivision des relations avec la presse et événements spéciauxService des communicationsTél. : 514 987-3000, poste 3268Cellulaire : 514 297-2771doucet.joanie@uqam.ca 

vendredi 8 mai 2020
Le professeur Sébastien Gambs de l’UQAM s’intéresse aux enjeux éthiques soulevés par la géolocalisation de la pandémie

Géolocaliser la pandémie? – Sébastien Gambs analyse les enjeux éthiques des applications de pistage des individus infectés par la COVID-19.

Le 7 mai 2020 – Bip! Bip! Bip! Vous buvez tranquillement votre café et, soudainement, votre téléphone intelligent sonne l’alerte. Ce signal vous indique que vous avez croisé – à moins de deux mètres de distance – une personne atteinte de la COVID-19 au cours des derniers jours et que vous devez subir un test le plus rapidement possible. Réalité ou science-fiction?

Dans le but de limiter la propagation du coronavirus et de guider les stratégies de déconfinement, différents pays dans le monde, dont le Canada, recourent déjà ou envisagent de recourir à différents types d'applications. Celles-ci permettent, par exemple, de partager des données de géolocalisation, de suivre les déplacements et les interactions sociales d’individus pour savoir s’ils ont été en contact avec une personne infectée par la COVID-19, ou encore d’alerter les autorités en cas de non-respect d’une consigne d’isolement, en vérifiant, entre autres, les sorties à l’extérieur du domicile.

En Asie, par exemple, plusieurs pays ont mis au point des méthodes de contrôle de la propagation de la maladie dans la population. En Corée du Sud, les autorités retracent à la minute près le parcours de chaque personne infectée par le virus. Par quel restaurant, magasin ou bus elle est passée. Les Chinois ont dans leur téléphone portable une application qui atteste de leur santé ou de leur niveau de risque auprès des autorités. Hong Kong a imposé des bracelets électroniques à tous les voyageurs qui arrivent de l’étranger afin de les surveiller pendant 14 jours de quarantaine.

Ces outils technologiques dits de «traçage» ou de «pistage» suscitent des inquiétudes concernant le droit au respect de la vie privée des citoyens et la protection des renseignements personnels. Est-ce que le contexte de crise sanitaire justifie que l’on porte atteinte à ces droits en ayant recours à de telles applications?

«Dans le contexte actuel d’urgence, nous devons trouver un équilibre entre la protection de la santé publique et le respect de la vie privée des individus, un droit démocratique fondamental», souligne le professeur du Département d’informatique de l’université du Québec à Montréal (UQAM) Sébastien Gambs, L’expérience nous apprend que lorsque des outils technologiques sont déployés à grande échelle, il est ensuite très difficile de faire marche arrière, rappelle-t-il. «Un dispositif exceptionnel risque toujours d’être normalisé. Lors des derniers attentats terroristes en France, des mesures qualifiées de temporaires, qui suspendaient certaines libertés, ont été prolongées. Une situation de crise n’autorise pas dans tous les cas que l’on remette en cause des droits fondamentaux.»

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en analyse respectueuse de la vie privée et éthique des données massives, Sébastien Gambs a participé récemment aux travaux du comité de travail spécial de la Commission de l’éthique en science et en technologie sur les projets d’application de traçage. Le 22 avril dernier, ce comité a remis au gouvernement du Québec un document intitulé «Rapport sur les conditions d’acceptabilité éthique d’une application mobile intégrant l’intelligence artificielle pour la surveillance de la COVID-19 au Québec».

Géolocalisation de donnéesPrésentement, plusieurs entreprises privées, telles que Google et Apple, travaillent sur différents projets d’application de traçage, mais deux approches semblent retenir davantage l’attention des autorités gouvernementales: la géolocalisation de données basée sur le GPS des téléphones intelligents et l’utilisation de la technologie Bluetooth.

«Particulièrement intrusive, la géolocalisation permet d’envoyer à intervalles réguliers des positions GPS à l’application, fournissant plusieurs informations sur une personne, observe le chercheur. Il est ainsi possible de savoir où elle habite et où elle travaille, de connaître les commerces, les installations sportives, l’hôpital ou les lieux de culte qu’elle fréquente. Au Canada, la Commission d’accès à l’information souligne que ces données de géolocalisation à forte inférence ne devraient pas être collectées ou ne l’être qu’avec une extrême précaution.»

Les positions GPS enregistrées par le téléphone ne sont pas nécessairement toujours précises. «Dans le centre-ville de Montréal, où l’on est entouré par plusieurs édifices, il est possible qu’il y ait une erreur de plusieurs mètres dans la mesure de proximité entre deux individus, remarque Sébastien Gambs. On peut être plus proche que ne le détecte l’application ou, au contraire, recevoir un signal disant qu’on a été tout près d’une personne, alors que ce n’était pas le cas. Enfin, le GPS ne fonctionne pas à l’intérieur des bâtiments, du métro ou d’autres espaces souterrains.»

La technologie BluetoothDéjà utilisée à Singapour et lancée tout récemment en Australie sous l’appellation COVIDSafe, la technologie Bluetooth, considérée comme moins intrusive et plus précise, suscite beaucoup d’intérêt dans des pays comme le Canada, la France et l’Allemagne.

«Ce système ne sert pas à connaître la position géographique d’une personne et à la suivre dans le temps, mais à échanger des données de courte portée entre deux appareils mobiles, explique le professeur. Quand on capte le Bluetooth d’une autre personne, c’est que celle-ci se trouve à proximité.» Si une personne est déclarée positive au coronavirus, elle devra notifier l’application qu’elle est porteuse de la maladie, sans pour autant que son identité ne soit dévoilée. À partir de là, tous ceux qui l’ont croisée seront avertis de manière rétroactive. «Cela dit, le protocole Bluetooth a connu des failles de sécurité, indique Sébastien Gambs. Une personne mal intentionnée pourrait profiter d’une faiblesse du protocole pour installer un logiciel malveillant sur un téléphone ou en prendre le contrôle.»

Se dirige-t-on vers une application unique à l’échelle d’un ou de plusieurs pays ou vers une sorte d’interopérabilité entre des applications différentes afin de récolter une masse critique d’informations, comme l’envisage le gouvernement fédéral du Canada? «L’enjeu de l’interopérabilité pourrait devenir important à partir du moment où l’on s’engage dans un déconfinement total, note le professeur. Un format standard de données minimales pourrait être nécessaire, mais chaque province risque de vouloir choisir la manière dont les données seront récoltées ou gérées, ce qui soulève des enjeux de juridiction.»

Principes de base Les applications de traçage suscitent des questions sur le type d’informations personnelles pouvant être collectées, sur la façon dont elles seront utilisées et sur les circonstances dans lesquelles elles seront divulguées. Quelle que soit la technologie utilisée, des principes de base en matière de protection de la vie privée devront être respectés, insiste Sébastien Gambs.

«Il importe que les données sensibles fournies par un individu soient stockées localement sur son téléphone plutôt que sur un serveur central qui conserverait les traces de ses interactions, avec les risques de fuite de données que cela comporte.»

On doit prôner une approche volontaire reposant sur le consentement des citoyens, poursuit le chercheur. «C’est un enjeu d’acceptabilité sociale. Les gens risquent de se rebeller si jamais un gouvernement décide d’imposer l’installation d’une application de pistage. Certaines personnes pourraient être tentées de ruser avec le système en envoyant de fausses données ou en laissant leur téléphone à la maison quand elles sortent à l’extérieur.»

S’il n’y a pas d’adhésion de la part de la population, l’impact sur le contrôle de la pandémie risque d’être minime. «Le succès de l’application dépend évidemment du pourcentage de la population qui l’adoptera, dit Sébastien Gambs. Il faudrait, estime-t-on selon certaines sources, qu’au moins 60 % de la population accepte de l’installer pour que ce soit efficace.»

Enfin, le fait que les renseignements fournis soient anonymes et ne puissent pas être conservés une fois la crise sanitaire passée constituent d’autres enjeux importants. «Si les données sont décentralisées et contrôlées par l’utilisateur, il sera d’autant plus facile de les faire disparaître», soutient le professeur.

Un débat de sociétéS’il faut en croire les informations véhiculées dans les médias, une douzaine de projets d’application menés par des acteurs privés seraient en voie d’élaboration au Québec et au Canada. «Ma crainte, compte tenu du contexte d’urgence, est que l’on se retrouve devant une décision en faveur de tel outil technologique sans que cette décision n’ait fait l’objet d’un débat de société, souligne Sébastien Gambs. En Europe, des groupes de chercheurs insistent sur l’importance de la transparence. Les démarches entamées ainsi que le fonctionnement des différents protocoles envisagés sont publics. C’est d’autant plus important qu’on risque d’abréger les délais habituels d’appels d’offres et d’évaluation. Il ne serait pas étonnant qu’une application voit le jour au Québec ou Canada au cours des prochaines semaines.»

Cet article a d’abord été publié dans le portail de nouvelles Actualités UQAM, sous le titre «Géolocaliser la pandémie? – Sébastien Gambs analyse les enjeux éthiques des applications de pistage des individus infectés par la COVID-19.»

Lire également la : Série COVID-19: tous les articles - Les nouvelles sur la situation à l'Université entourant la COVID-19 et les analyses des experts sur la crise sont réunies dans cette série.

Le professeur Gambs figure sur la liste Experts de l'UQAM - COVID-19 

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*Le professeur Sébastien Gambs est disponible pour des entrevues

Source : Rose-Aline LeBlanc, conseillère en relations de presse Division des relations avec la presse et événements spéciaux Service des communications Tél. : 514 987-3000, poste 2248 leblanc.rose-aline@uqam.ca twitter.com/RoseAlineLeBlan

 

jeudi 7 mai 2020
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