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Le 16 octobre 2020 - On a dit qu’il était devenu désuet, dépassé par la mondialisation. L’État-nation a pourtant joué un rôle clé dans la lutte contre la pandémie de COVID-19. C’est l’hypothèse que défend le doctorant en science politique de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) Jeremy Elmerich dans l’article «Penser le nationalisme en contexte pandémique», paru dans le cadre de la série Regards de l’Institut d’études internationales de Montréal – COVID-19, qui regroupe des analyses de chercheurs en sciences humaines et sociales.

«La pandémie a révélé le rôle moteur de l’État et la vigueur du nationalisme, un phénomène politique toujours prégnant, même à l’heure de la mondialisation», affirme le doctorant, membre du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ). «Sur le Vieux Continent, par exemple, l’Union européenne a paru impuissante face au retour en force des souverainetés nationales. Elle s’est attiré des critiques lorsqu’elle a cherché à sauvegarder son emprise en maintenant les frontières ouvertes malgré la propagation du coronavirus.»

Dans son article, le doctorant aborde l’influence du nationalisme sur la gestion de la crise sanitaire et analyse quelques-unes de ses manifestations. «Au cours des premiers mois de la pandémie, on a observé un retour du nationalisme dans les discours des dirigeants de certains pays. L’influence du nationalisme a pris différents visages. Dans certains cas, elle a favorisé l’émergence de formes de solidarité collective. Dans d’autres, elle a été plus néfaste, générant des rivalités entre pays.»

Jérémy Elmerich mène sa recherche doctorale sous la direction du professeur du Département de science politique Alain-G. Gagnon, en cotutelle avec l’Université polytechnique des Hauts-de-France. Sa thèse porte sur les référendums d’autodétermination tenus au Québec en 1980 et 1995, et en Écosse en 2014. Le doctorant a cofondé les Cahiers Tocqueville des jeunes chercheurs, une revue numérique pluridisciplinaire visant à valoriser les travaux d’étudiants issus de la Francophonie, et copréside l’Association des jeunes chercheurs comparatistes, qui a tenu récemment une série de webinaires réunissant des chercheurs venant d’Amérique du Nord, d’Afrique et du sud de l’Europe.

Pratiques discriminatoires

Dans la lutte pour juguler la pandémie, certains États, au nom des intérêts supérieurs de la nation ou de l’idée de préférence nationale, ont été amenés à poser des gestes autoritaires ou à adopter des pratiques discriminatoires, souligne Jeremy Elmerich. «Ce fut le cas en Inde, où un nationalisme hindou exclusiviste avait déjà largement pris le pas sur une conception civique de la nation. Le gouvernement indien a profité de la crise sanitaire pour privilégier les intérêts de la communauté majoritaire de confession hindouiste, au détriment des minorités.»

D’autres États se sont livrés à des pratiques pour le moins déloyales. «Aux États-Unis, le président Trump a été accusé de corrompre des scientifiques allemands qui effectuaient des recherches sur un vaccin contre le coronavirus», rappelle le doctorant, qui cite aussi les cas de détournement de matériel médical. Ainsi, en mars dernier, des masques qui devaient prendre le chemin du Canada auraient été revendus au plus offrant alors que les stocks s'apprêtaient à quitter la Chine. Les États-Unis ont racheté, trois fois le prix, un stock de masques destinés à la France, directement sur le tarmac d’un aéroport chinois. L'avion a finalement pris le chemin des États-Unis. L'Italie, pour sa part, s'est plainte du fait que la République tchèque ait saisi des centaines de milliers de masques qui lui étaient promis.

Enfin, la pandémie a donné lieu à des formes d’instrumentalisation de la part de partis nationalistes au pouvoir. «En Écosse, des politiciens de l’opposition ont reproché à la première ministre Nicola Sturgeon de se servir des points de presse sur la situation sanitaire pour faire valoir l’agenda indépendantiste de son propre parti, le Scottish National Party», indique Jeremy Elmerich.

Moteur de solidarité

Depuis un certain nombre d’années, on associe souvent le nationalisme au repli identitaire et à un esprit de fermeture. Selon le doctorant, la pandémie a montré que le nationalisme pouvait aussi servir de carburant à une solidarité salutaire.

«Les Québécois se sont rassemblés derrière François Legault comme ils l’avaient fait avec Lucien Bouchard lors de la crise du verglas, en 1998, dit Jeremy Elmerich. Le point de presse quotidien du premier ministre s’est rapidement transformé en un rendez-vous national, durant lequel le Québec était présenté comme une nation souveraine, à l’image des États-Unis, de la France ou de l’Italie.» Plus encore, poursuit le doctorant, «François Legault a fait appel à la solidarité nationale pour faire respecter les consignes de sécurité et pour amener les citoyens à faire leur part dans la lutte contre le virus. Plusieurs Québécois ont répondu de manière positive, notamment en s’engageant dans des actions bénévoles dans les secteurs de la santé et des services sociaux.»

Le doctorant cite aussi l’exemple du président français Emmanuel Macron, qui a invoqué les forces vives de la nation dans la mobilisation contre l’ennemi intérieur incarné par le coronavirus, et ceux des nations scandinaves et de l’Écosse, où les gestes de solidarité et de générosité sont devenus une source de fierté collective.

Libertés individuelles et sécurité collective  

Au cours des premiers mois de la crise sanitaire, beaucoup de gens ont consenti à des sacrifices sur le plan des libertés individuelles, au nom de la sécurité collective. Avec l’arrivée de la deuxième vague de COVID-19, quel type d’influence le nationalisme pourra-t-il exercer?  «Dans la foulée du déconfinement des derniers mois, des voix se font aujourd’hui entendre pour critiquer ou même dénoncer les mesures sanitaires, qualifiées par certains de liberticides, note Jeremy Elmerich. Cela montre peut-être les limites du pouvoir de cohésion du nationalisme. Ainsi il sera intéressant d’analyser ce qui peut inciter des personnes, même réticentes à l’idée de réduire leur liberté individuelle, à poursuivre l’effort collectif.»

Le nationalisme possède des propriétés d’intégration sociale, conclut le jeune chercheur. «Certes, les valeurs de solidarité et d’humanisme ne sont pas propres au nationalisme, mais les faits ont montré que celui-ci pouvait les faire siennes. S’il convient parfois de se méfier du nationalisme, il est inopportun de songer à s’en débarrasser.»

Cet article a d'abord été publié dans le portail de nouvelles Actualités UQAM le 5 octobre 2020.

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Le doctorant Jérémy Elmerich est disponible pour des entrevues. Vous pouvez le joindre directement par courriel elerich.jeremy@courrier.uqam.ca ou par téléphone au 514 829-7426.

Source
Joanie Doucet
Conseillère en relations de presse
Division des relations avec la presse et événements spéciaux
Service des communications, UQAM
Tél. : 514 987-3000, poste 3268
Cell.: 514 297-2771
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